Par Feriel Nourine
Sans surprise aucune, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires ont décidé de maintenir en place le programme d’augmentation progressive de leur production, en cours depuis août 2021. Lors de la nouvelle réunion ministérielle de l’Opep+, tenue jeudi, les 13 pays de l’Opep et leurs 10 alliés, dans le cadre de cette alliance, ont convenu d’un supplément de 432 000 barils par jour (bpj) à injecter dans leur offre de juin.
Comme elle le fait depuis qu’elle a entamé le relèvement de son offre, au printemps dernier, l’Opep+ a donc agi de manière prudentielle. Une prudence que l’alliance justifie par les fondamentaux actuels du marché que l’alliance juge «équilibré», relevant «les effets persistants des facteurs géopolitiques et des problèmes liés à la pandémie en cours».
Les participants ont réitéré, à l’occasion, «l’importance cruciale» d’adhérer à la pleine conformité et au mécanisme de compensation (pour les pays qui n’ont pas respecté leurs quotas à 100%) dont la période a été prolongée jusqu’à fin juin.
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La démarche adoptée par les 23 pays producteurs n’est pas pour conforter l’Union européenne dans son projet d’embargo sur le pétrole. L’UE continue de brandir en permanence cette mesure pour renforcer ses sanctions contre la Russie, mais ne trouve toujours pas d’alternative chez les pays de l’alliance qu’elle ne cesse d’appeler à ouvrir davantage ses vannes pour pallier le manque de pétrole russe si réellement la rupture venait à être concrétisée.
Une nouvelle mouture de ce projet avec des modifications demandées par plusieurs Etats membres a été discutée vendredi à Bruxelles, mais la Hongrie bloque la proposition, ont indiqué plusieurs sources diplomatiques. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a durci le ton, estimant que la proposition de la Commission européenne d’interdire les achats de pétrole et de produits pétroliers à la Russie d’ici à la fin de l’année portait «atteinte» à l’unité de l’Union européenne. «Depuis le début, nous avons clairement signifié qu’il y avait une ligne rouge, à savoir l’embargo sur l’énergie. Ils ont franchi cette ligne», a-t-il dénoncé lors d’un entretien à la radio. Les négociations menées au niveau des ambassadeurs des Etats membres vont être «compliquées», a confié un diplomate, l’unanimité des 27 étant requise pour l’adoption des sanctions.
La prudence manifestée par l’Opep+ est même en train d’être renforcée par la situation sanitaire en Chine, où le coronavirus effectue un retour en force et pousse aux confinements massifs, synonymes de ralentissement de la reprise économique chez le premier importateur de brut au monde.
Dans la même logique de scénario pessimiste pour la demande mondiale, la guerre en Ukraine fait craindre un ralentissement économique mondial qui pousse déjà à une révision à la baisse de l’offre. Celle-ci subit également les conséquences de l’arrêt de deux importants terminaux pétroliers et la fermeture de nombreux gisements en Libye, donnant une baisse de production avoisinant les 600 000 barils par jour.
Par ailleurs, fin avril, le Fonds monétaire international (FMI) a fortement révisé ses prévisions de croissance mondiale pour 2022, mettant en cause la guerre en Ukraine et l’inflation qu’elle est en train de provoquer. Celle-ci devrait encore augmenter, prévoit le Fonds, non sans avertir qu’un nouveau durcissement des sanctions occidentales contre les exportations russes de pétrole mènerait à un recul important de la production mondiale.
De son côté, l’Opep a réagi au rapport du FMI en dégageant totalement la responsabilité des producteurs dans ce qui est en train de se passer sur le marché de l’or noir. L’Organisation a indiqué que la flambée des prix du pétrole était en grande partie due à la crise ukrainienne, soulignant que le groupe ne prendrait aucune mesure supplémentaire pour augmenter l’offre.
Côté marché, la fin de semaine a été marquée par une remontée par de nouvelles hausses des prix. Vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet s’échangeait à 113,12 dollars, augmentant de 2,00%. Quant au West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en juin, il prenait 1,92% à 110,34 dollars. <