Après avoir affiché sa détermination à parer à la défection iranienne, l’Arabie saoudite engage désormais l’Opep dans cette guéguerre opposant l’Iran aux Etats-Unis, née du rétablissement, par les Américains, des sanctions contre le pétrole iranien et assure, par la voix de ministre de l’Energie, Khalid Al-Falih, que l’Organisation répondrait aux besoins du marché pétrolier.

Il juge, en revanche, qu’il n’était pas sûr qu’il y ait, à l’heure actuelle, une pénurie de pétrole, d’autant plus que les données, notamment des Etats-Unis, montrant toujours des stocks de pétrole à des niveaux élevés. S’exprimant à Djeddah (Arabie saoudite), à la veille d’un sommet au niveau ministériel qui devrait réunir, aujourd’hui, les principaux producteurs de l’Opep et non membres de l’Opep, notamment l’Arabie saoudite et la Russie, Khalid Al-Falih a indiqué que la production ne serait pas révisée avant la fin juin, date à laquelle le groupe doit se réunir.
Les producteurs signataires, le 7 décembre 2018, d’un accord portant sur une réduction journalière de 1,2 million de barils de leur offre pétrolière, devraient se réunir en juin pour décider d’une éventuelle prolongation des délais de cet accord. « Nous ferons preuve de souplesse. Nous allons faire ce qu’il faut comme nous le faisons toujours », a déclaré Khalid Al-Falih à propos de toute décision prise lors de la réunion de juin de poursuivre les réductions. Il a déclaré sur sa lancée que l’Opep est guidée par deux principes fondamentaux: «L’un pour maintenir le marché dans sa direction d’équilibrage et la restitution des stocks à un niveau normal. Et l’autre pour répondre aux besoins du marché. Nous en arriverons, je suis certain, au bon équilibre». Même si les accords de décembre dernier ont imposé aux membres de l’Opep une réduction de 800.000 barils par jour de leur production, la baisse réelle est bien plus importante en raison des pertes de production en Iran et au Venezuela. Les deux membres de l’Opep font l’objet de sanctions américaines et sont exclus des réductions volontaires découlant dudit accord. C’est dans un climat tendu, marqué par le regain des tensions régionales au Moyen-Orient que se tiendra, aujourd’hui, la réunion ministérielle Opep/non-Opep, connue sous le nom de JMMC. Ce comité de monitoring Opep-non Opep aura à débattre de questions pour le moins épineuses, les exportations de pétrole iranien étant susceptibles de chuter davantage en mai, et les expéditions en provenance du Venezuela pourraient diminuer davantage dans les prochaines semaines en raison des sanctions imposées par Washington. La contamination pétrolière a également contraint la Russie à interrompre les flux le long de l’oléoduc Droujba – un vecteur essentiel du pétrole brut en Europe de l’Est et en Allemagne – en avril. La suspension, dont la durée reste incertaine, a laissé les raffineurs se démener pour trouver du ravitaillement. Tous ces cas relancent les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial de pétrole. « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une pénurie d’approvisionnement, mais nous examinerons l’analyse (du marché). Nous serons certainement réactifs et le marché sera approvisionné», a déclaré Khalid Al-Falih. « Tout indique que les stocks continuent d’augmenter. Nous avons vu les données des Etats-Unis semaine après semaine, et il s’agit de hausses massives, il est donc évident qu’il existe une abondance de l’offre. » Contre toute attente, les stocks américains de brut ont augmenté la semaine dernière pour atteindre leur plus haut niveau depuis septembre 2017, a annoncé, mercredi, l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA). Un comité technique de l’Opep et des pays non membres de l’Opep a constaté que le taux de conformité des producteurs de pétrole à l’accord de réduction de l’offre avait atteint 168% en avril, ce qui relance de plus belle le débat sur une éventuelle non-prolongation au-delà de juin 2019 les accords sur la réduction de l’offre pétrolière.<