La réunion de l’Opep+, mardi dernier, s’est terminée, au bout de discussions marathoniennes, avec la décision de maintenir le niveau production actuel de l’alliance pour les mois de février et mars 2021, en accordant une légère exception à la Russie et au Kazakhstan pour leurs besoins énergétiques en cette période hivernale assez rude dans ces deux pays. Le volume retiré volontairement du marché depuis le printemps 2020 par l’Opep+ passera ainsi de 7,2 millions de barils/jour en janvier à 7,125 millions de barils/jour en février puis 7,05 millions barils/jour en mars 2021. Un succès pour ses pays membres et pour l’Algérie qui y a joué un rôle non négligeable avant que son ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, en tant que président tournant de l’Opep, passe le relais à l’Angolais Diamantino Azevedo.

Les prix du pétrole ont poursuivi leur ascension hier mercredi en atteignant des niveaux jamais observés depuis février 2020, alors que la pandémie de la Covid-19 hors de Chine n’était qu’à ses débuts et sans impact encore sur les économies mondiales.
Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars gagnait 1,58% à Londres par rapport à la clôture de mardi d’avant, à 54,50 dollars, peu après avoir touché 54,63 dollars, un prix plus vu depuis le 26 février 2020. Le baril américain de WTI pour le mois de février grimpait de son côté de 1,08% à 50,47 dollars après avoir atteint son plus haut depuis le 25 février à 50,59 dollars. Ce rebond fait revenir le marché pétrolier mondial à des niveaux qui permettent d’espérer un retour à des équilibres favorables aux pays producteurs dont l’Algérie. Il a été possible grâce à la discipline des pays de l’Opep+ et au consensus auquel ils sont parvenus après deux jours de discussions.
Le compromis obtenu par l’Opep et ses partenaires engagés dans la maîtrise du marché permet ainsi de maintenir leur niveau de production actuel pour les mois de février et mars 2021, en accordant une exception à la Russie et au Kazakhstan. Le volume retiré volontairement du marché depuis le printemps 2020 par l’Opep+ passera de 7,2 millions de barils/jour en janvier à 7,125 millions de barils/jour en février puis 7,05 millions barils/jour en mars 2021.
Pour les pays de l’Opep+, il n’y aura donc pas d’augmentation de la production globale de 500 000 barils/jours, mais Moscou et Almaty peuvent à cause de la dérogation qui leur a été accordée relever leurs productions à 75 000 barils/jour ; 65 000 barils/jour pour le premier et 10 000 barils/jour pour le deuxième en raison de leurs besoins énergétiques importants en cette période hivernale.
D’après l’accord réalisé par les pays Opep /non Opep, ces 75 000 barils/jour seront déduits ultérieurement des quotas russe et kazakh, si les pays membres de cette alliance décident d’augmenter leur production lors des prochaines réunions prévues le 3 février et le 3 mars prochains. Il s’agit de continuer à suivre de près les fondamentaux du marché, «y compris l’approvisionnement hors groupe Opep+ et son impact sur l’équilibre pétrolier mondial et la stabilité générale du marché», indique un communiqué de l’Opep.

Le poids de l’Arabie saoudite
La clé de cette entente, favorablement accueillie par les marchés devenus enthousiastes, est, selon l’ensemble des experts qui suivent les activités de l’Opep+, la décision de l’Arabie Saoudite de réduire volontairement sa production d’un million de barils/jour dans le courant des deux prochains mois. La coupe significative annoncée par le ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz ben Salmane, qui devra être confirmée dans les prochains jours, entraîne en effet «une réduction nette de la production de plus de 900 000 barils par jour», note, selon les agences de presse, l’expert Matt Weller, analyste du cabinet d’expertise Forex.com.
A cette réduction devrait s’ajouter les rattrapages des pays membres qui ont dépassé leurs quotas en 2020. «Plutôt que d’être prise pour ce qu’elle est – un signe d’affaiblissement de la demande – la surprise saoudienne a fait monter les prix du pétrole en flèche », souligne ainsi de son côté l’analyste Stephen Brennock du cabinet PVM. L’effet positif produit par l’annonce saoudienne d’abaissement de sa production sur les marchés prouve encore une fois la puissance d’impact de la monarchie sur les marchés des hydrocarbures et sa capacité à les faire réagir conformément à la place qu’elle détient, celle du plus grand producteur mondial d’or noir. Plus intéressant, elle augure de la part de ce pays chef de file, connu dans le passé pour être capable de noyer les marchés selon ses intérêts et ses ententes géostratégiques, notamment avec les Etats-Unis qui ne voient pas d’un bon œil l’action de l’Opep+, d’un déploiement nouveau.

Prudence à la manette
Celui-ci paraît s’axer sur la solidarité de groupe et la prudence surtout à ne pas trop pomper davantage de pétrole dans un contexte économique mondial encore largement instable tant que la crise sanitaire n’a pas encore trouvé de solution durable permettant d’éviter les confinements à répétition dans les pays grands consommateurs de pétrole. «La réunion (de l’Opep+, ndlr) a reconnu que le sentiment du marché a été soutenu récemment par les programmes de vaccination et l’amélioration des marchés d’actifs, mais a souligné la nécessité de faire preuve de prudence en raison de la faiblesse de la demande et des faibles marges de raffinage, des stocks élevés et d’autres incertitudes sous-jacentes», confirme le communiqué final de cette réunion publié le site web de l’Opep.
A la lecture des analyses produites à l’issue de la réunion de l’Opep+, deux approches se sont confrontées lors de la réunion de deux jours au sein de l’alliance : une approche saoudienne, qui passait par le maintien en l’état des coupes actuelles et la «tentation » russe de réinjecter jusqu’à un demi-million de barils/jour sur le marché en février prochain, à l’image de ce qui avait été décidé en décembre 2020 pour janvier 2021. La première est favorable au soutien des prix à court terme, la seconde mise davantage sur l’asphyxie de producteurs aux coûts de revient plus élevés – à l’image des Etats-Unis, numéro un mondial – afin de gagner des parts de marché à moyen terme. Au final, la première l’a emporté, en raison du flou autour de la reprise de la demande : le communiqué de la réunion publié sur le site de l’Opep pointe d’ailleurs «la hausse des contaminations, le retour de mesures de confinement stricts et des incertitudes croissantes».
Il est à noter tout de même que la hausse des cours constatée hier était également alimentée par les données publiées mardi par l’American Petroleum Institute (API), la fédération qui regroupe les professionnels du secteur pétrolier aux Etats-Unis. Celle-ci a estimé que les stocks de brut avaient baissé de 1,7 million de barils la semaine passée dans le pays, un signal positif pour la demande d’or noir. L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), aux estimations jugées plus fiables, n’avait pas encore publié ses chiffres. Selon la médiane d’analystes interrogés par l’agence Bloomberg, la baisse devrait être plus importante encore, de l’ordre de 2,7 millions de barils.