En plus de reconduire leur accord de réduction, les pays membres de l’Opep+ pourraient convenir de coupes supplémentaires dans leur offre pour éviter une nouvelle surabondance sur le marché et une chute dangereuse des prix de l’or noir. Cette option, qui est dans l’air depuis quelques jours, a été confirmée à demi-mots, hier, par le ministre irakien du Pétrole Thamer Ghadhban, à la veille de la réunion que tiendront aujourd’hui, à Vienne, les pays membres de l’Opep, puis d’une autre réunion avec leurs partenaires, dont la Russie, demain dans la capitale autrichienne.
« Une réduction plus importante est privilégiée par un certain nombre de membres importants de l’Opep », a déclaré aux journalistes M. Ghadhban, ajoutant qu’il s’agissait, selon lui, du souhait de l’Arabie saoudite. Et qui dit Arabie saoudite dit chef de file de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, avec tout ce que suppose pareil statut en termes d’influence au sein du cartel.
Le souhait de Ryad a d’ailleurs été évoqué bien avant les déclarations faites hier par le ministre irakien, puisque mardi, des informations faisaient déjà état d’une initiative saoudienne visant à convaincre les membres de l’Opep+ d’accroître de
400 000 barils supplémentaires par jour les coupes actuelles. Le responsable irakien a ajouté quelques informations supplémentaires en faisant état d’un
« consensus » qui aurait été trouvé « entre plusieurs membres clés de l’Opep » pour les mêmes restrictions supplémentaires, ce qui porterait le total des coupes à 1,6 million de barils.
Les analystes voient à travers la démarche du Royaume un souci de maximiser les revenus de l’entrée en Bourse de la compagnie pétrolière nationale Aramco, prévue en ce mois de décembre.
Interrogé sur les déclarations du ministre irakien, son homologue saoudien, le prince Abdel Aziz ben Salmane, dont c’est le premier sommet de l’Opep à ce poste, a botté en touche, tandis que le ministre koweïtien a indiqué ne pas avoir eu connaissance d’un projet de baisse supplémentaire.
En tous les cas, la sortie de M. Ghadhban a eu pour effet rapide de booster les prix de l’or noir, propulsant ceux du Brent de la mer du Nord à hauteur de 63,20 dollars à Londres vers 16h, soit une hausse conséquente de 3,90% par rapport à la clôture de mardi.
Dans le même tendance, le baril américain West Texas Intermediate (WTI), gagnait 4,15% à 58,43 dollars.
Dans le camp des pays non membres de l’organisation engagés dans l’accord, le géant russe laissait planer le doute, hier, sur la voie qu’il veut emprunter, son ministre de l’Energie, Alexander Novak, ayant déclaré que Moscou n’avait pas encore finalisé sa position. « Patientons (…) Mais je crois que la réunion, comme d’habitude, sera de nature constructive », a-t-il ajouté devant des journalistes à Moscou. La décision qui sortirait de la réunion de Vienne pourrait être aussi celle d’une reconduction de l’accord de réduction en vigueur, selon certains analystes. Prolongé jusqu’à mars 2020, lors de la Conférence de l’Opep de juillet dernier, cet accord pourrait encore durer jusqu’à juin 2020, selon certains parmi ces analystes, et même jusqu’à la fin de cette année, selon d’autres. L’organisation avait d’ailleurs laissé transparaître de forts signes au profit de l’option reconduction, jeudi dernier, lorsque sa commission économique avait indiqué que le marché du pétrole serait « équilibré » en cas de maintien en 2020 des limitations actuelles de production. Limitations qui, pour rappel, portent sur 1,2 million de barils par jour dont 800 000 barils pour l’Opep et 400 000 barils par jour pour ses alliés.