Les États membres de l’OPEP+ se sont alignés dimanche 16 octobre pour approuver la forte réduction de son offre pétrolière de deux millions de barils/jour.

Par Lyes Sakhi
Cette initiative à double sens consiste pour les Etats membres de l’Alliance à expliquer les raisons de leur décision – «maintenir les équilibres et stabiliser les marchés pétroliers» – et à apporter leur soutien à l’Arabie saoudite, leur chef de file confronté depuis plus d’une semaine à de vives accusations de la part des Etats-Unis, qui n’écartent pas l’éventualité d’une remise en cause de leur relation stratégique avec la monarchie wahhabite et de sanctions, notamment sur les plans militaire et de la sécurité.
Indicateur des menaces de Washington, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby, a déclaré jeudi 13 octobre que «plus d’un membre de l’OPEP s’était senti contraint par l’Arabie saoudite à voter (pour la réduction, ndlr), ajoutant que la coupe opérée sur l’offre de l’OPEP+ «augmenterait également les revenus de la Russie et atténuerait l’efficacité des sanctions imposées lors de son invasion de l’Ukraine en février» dernier.
Pour de nombreux observateurs, les menaces américaines de prendre des sanctions contre l’Arabie Saoudite ciblent en premier lieu ce pays accusé par la Maison Blanche et le Congrès d’avoir mis à mal le lien qui les unit depuis des décennies – face à des défis régionaux et internationaux communs. On pense notamment à l’Iran et au potentiel de risque qu’il représente aux yeux de Ryad et de Washington. Mais ces menaces, disent-elles, n’excluent pas non plus les autres Etats membres de l’OPEP, qui peuvent se retrouver eux aussi accusés de soutien à la Russie et exposés à des mesures de rétorsion qui peuvent concerner divers domaines économiques et financiers.
Mais si ce scénario ne parait pas plausible pour l’instant, face à celui plus vraisemblable à court terme d’une détérioration du bilatéral américano-saoudien, les pays de l’OPEP multiplient à différentes échelles les déclarations selon lesquelles il n’y a aucune intention politique ou géopolitique qui a animé la décision prise (avec la Russie) de sabrer l’offre pétrolière de deux millions de barils/jour.
Ainsi, le Somo (State oil marketing organization), distributeur étatique irakien de pétrole, a réagi en déclarant dans un communiqué «qu’il existe un consensus complet parmi les pays de l’OPEP+ sur le fait que la meilleure approche pour faire face aux conditions du marché pétrolier pendant la période actuelle d’incertitude et de manque de clarté est une approche préventive qui soutient la stabilité du marché et fournit les orientations nécessaires pour l’avenir». Le directeur général de la Kuwait Petroleum Corporation, Nawaf Saud al-Sabah, a également salué la décision de l’OPEP+ et a déclaré que le pays tenait à maintenir un marché pétrolier équilibré, a rapporté l’agence de presse officielle KUNA.
Au niveau des Etats, Oman et Bahreïn ont déclaré dans des déclarations séparées que l’OPEP avait convenu à l’unanimité de la réduction de l’offre pétrolière. L’Algérie, via son ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a qualifié la décision d’«historique» et a déclaré que le dernier accord de baisse de l’OPEP+ est une réponse «purement technique» à la conjoncture économique internationale. Lundi 17 octobre, M. Arkab, qui s’est entretenu à Alger avec le secrétaire général de l’OPEP, le Koweitien Haitham Al Ghais, a ajouté que cette «réponse est basée sur des considérations uniquement économiques». «C’est parce que l’OPEP+ est préoccupée, comme partout dans le monde, par les incertitudes grandissantes concernant l’économie mondiale et le ralentissement de la demande de pétrole que nous avons décidé de revenir à notre niveau d’offre de mai 2022». «L’OPEP+ ne s’écarte pas de la démarche qui a toujours été la sienne depuis 2016 de soutenir la stabilité et l’équilibre du marché pétrolier international», a-t-il affirmé.
Haitham Al Ghais a indiqué que l’alliance visait un équilibre entre l’offre et la demande plutôt qu’un prix spécifique. n