Jusqu’au bout, elle sera restée sur son nuage. A 21 ans, Sofia Kenin a décroché le premier titre du Grand Chelem de sa carrière à Melbourne hier. L’Américaine, 15e joueuse mondiale, est parvenue à renverser Garbine Muguruza, pourtant deux fois titrée en Majeurs, après plus de deux heures (2h03 précisément) de combat (4-6, 6-2, 6-2). Pas intimidée le moins du monde par l’événement, elle a peu à peu pris le dessus à l’échange malgré la perte du premier set. Impressionnante, elle sera restée imperméable à la pression. La révélation du tournoi est donc allée au bout de son rêve. Non contente d’avoir brisé celui de la numéro 1 mondiale Ashleigh Barty, soutenue par tout un peuple en demi-finale, Sofia Kenin a confirmé en finale face à une joueuse bien plus expérimentée qu’elle. Plus déterminée et sûre de sa force qu’insouciante, l’Américaine n’a jamais paniqué. Elle en aurait pourtant eu toutes les raisons après la perte d’un premier set accroché. Bien que difficile à anticiper avant le tournoi, ce dénouement confirme l’émergence d’une nouvelle génération au sommet du tennis féminin, quelques mois après Bianca Andreescu à Flushing Meadows et tout juste douze mois après Naomi Osaka toujours à Melbourne.

Dans sa bulle, Kenin n’a jamais douté
Car si la logique du classement a été respectée (Kenin est 15e et Muguruza 32e à la WTA), l’Espagnole semblait bien partir avec une longueur d’avance. Plus agressive à l’entame de cette finale, Muguruza a logiquement pris les devants rapidement (3-1), sa longueur de balle et sa puissance à la relance ne permettant pas à son adversaire de s’installer à l’échange. Kenin n’avait d’ailleurs pas grand-chose à se reprocher, elle qui n’a jamais donné le moindre signe de fébrilité. De l’autre côté du filet, certains mauvais passages ont trahi une nervosité inattendue : deux doubles fautes ont ainsi permis à l’Américaine de recoller un temps (4-4) avant que Muguruza ne reprenne sa marche en avant (10 points sur 14 marqués au filet) et la première manche.
Mais la dynamique avait changé du fond du court. Tout en timing, prenant la balle au rebond, Kenin a peu à peu privé de temps à l’échange son adversaire. Plus marquée physiquement, Muguruza s’est mise à reculer et à forcer. Elle a aussi encaissé un certain nombre de revers le long de la ligne et rapidement un break, puis un deuxième. Revenue à hauteur (4-6, 6-2), l’Américaine n’a plus jamais regardé dans le rétroviseur. Et pourtant, Muguruza ne lui a pas offert cette finale sur un plateau. A l’orgueil et à l’énergie, elle a même semblé en mesure de faire à nouveau basculer la partie quand elle a mené 0/40 sur le service adverse à 2-2 dans le dernier acte.
Une résistance à toute épreuve
C’est à ce moment-là que Kenin a porté le coup de grâce, contre toute attente. Indébordable, comme sur pilote automatique, la jeunette a envoyé missile sur missile (sans donner l’impression de forcer) le long des lignes, d’abord en revers puis en coup droit. Melbourne aura aussi mis en lumière un sacré caractère : Kenin a serré le poing, crié sa frustration autant que sa joie sous le toit de la Rod Laver Arena, balancé des balles de rage, mais n’a jamais rien lâché.
Saoulée de coups autant qu’écoeurée par les qualités défensives adverses (45 fautes directes contre 23 à l’Américaine), Muguruza a cédé les quatre derniers jeux, s’écroulant sur une dernière double faute.
Toujours dans son monde, Kenin semblait presque surprise que ce soit déjà fini. Avec ce tempérament, on ne sera désormais plus surpris de la revoir à pareille fête. n