Trois ans après avoir été nommé médiateur spécial de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé quitte ce poste qu’il a occupé depuis juin 2017 et devrait passer le relais à son homologue algérien Ramtane Lamamra, à qui doit être confié, selon des rumeurs persistantes, la difficile mission de venir à bout des divisions libyennes et d’inciter les deux grandes parties rivales, le Gouvernement d’union générale de Tripoli et celui du maréchal autoproclamé Haftar, à signer un accord de paix qui ouvrirait la voie à une normalisation des institutions du pays via un calendrier électoral en souffrance depuis des années.

Par Anis Remane
Notamment en raison des intérêts divergents des deux camps -aujourd’hui soutenus par des acteurs internationaux de poids et aux visions géopolitiques concurrentes- et du climat d’affrontement perpétuel qui les oppose. Mais que ferait M. Lamamra là où d’autres grands diplomates internationaux ont échoué ?
La question illustre par elle-même la mission très compliquée qui devrait être confiée à l’ancien chef de la diplomatie algérienne, qui signe son grand retour sur la scène internationale après s’en être éclipsée à la faveur de la crise politique en Algérie et la chute de l’ancien président Bouteflika en avril 2019. Difficile de répondre donc, mais des hypothèses nombreuses peuvent au moins expliquer sa nomination. Par la décision d’envoyer Ramtane Lamamra s’occuper du conflit libyen et tenter de lui trouver une solution, le Conseil de sécurité de l’ONU aurait opté pour l’évidence que le diplomate algérien bénéficie d’une connaissance du terrain libyen qu’il aura à conforter avec celle de ses homologues du MAE ainsi que ses experts du dossier libyen avec lesquels il aura certainement à travailler plus facilement que ses prédécesseurs. Par cette décision, également, le Conseil de sécurité semblerait être parvenu à l’idée que la meilleure solution est celle de privilégier un diplomate maghrébin pour tenter de résoudre un conflit maghrébin. En cela, l’ONU semble avoir opté cette fois pour la démarche qui consiste à écouter davantage les pays du voisinage immédiatement concernés par la guerre civile libyenne. Cette hypothèse de la proximité diplomatique est d’autant plus vraisemblable qu’avant M. Lamamra, c’était le nom du Tunisien Khemais Jhinaoui, ancien ministre des Affaires étrangères, qui circulait dans les milieux diplomatiques onusiens concernés par le dossier libyen. Par ailleurs, le diplomate algérien arrive en Libye avec sa longue expérience de diplomate africain au sein de l’UA et la réputation de faire jouer les acteurs continentaux susceptibles d’apporter une contribution positive au dossier sachant la Libye inscrite à l’ordre du jour de l’agenda de crise panafricain. Le diplomate, parce qu’il est Algérien, part en position favorable pour mieux dialoguer avec des acteurs étrangers devenus majeurs dans le conflit libyen. Il s’agit en particulier de la Turquie, qui soutient le Gouvernement d’union nationale à Tripoli et son leader Fayez Sarraj. Il s’agit également de la Russie, engagée politiquement en faveur du maréchal Haftar, des Emirats, de l’Arabie Saoudite, de l’Italie, de la France, également. Mais sans doute aussi des Etats-Unis sans l’aval desquels il n’aurait pas été sans doute facile de nommer M. Lamamra à ce poste. L’ancien Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, économiste et technocrate palestinien très respecté, qui devait remplacer l’Allemand Martin Kobler en 2017, n’a pu avoir ce poste en dépit du souhait du secrétaire général de l’ONU, M. Guterres, en raison d’un véto de l’administration Trump. On lui préférera M. Salamé qui vient de jeter l’éponge après avoir « souffert des divisions » libyennes. Avant lui, six envoyés spéciaux se sont cassés les dents sur le conflit.<