Lundi, 16 novembre, le chef des opérations de paix de l’ONU, a appelé à renforcer l’action de la Force conjointe du G5 Sahel face à la menace terroriste, notamment à accroître le soutien sur le plan financier. Au Sahel, la lutte contre le terrorisme ne peut être menée seule. «Il faut une variété d’acteurs pour faire face aux défis de taille dans la région», a déclaré Jean-Pierre Lacroix, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix.
Devant le Conseil de sécurité, M. Lacroix a salué la «coordination accrue des acteurs de la sécurité» au Sahel et les efforts qui ont selon lui accru la pression sur les groupes terroristes. Ces six derniers mois, la Force conjointe du G5 Sahel a continué de renforcer ses effectifs opérationnels. «Les unités de la Force conjointe ont de plus en plus acquis des expériences pratiques et une efficacité dans leurs opérations», a précisé M. Lacroix. Il a estimé que le renforcement de la composante police de la Force conjointe permettrait d’améliorer la surveillance des opérations militaires, mais aussi d’appuyer la consolidation des États, le secteur de la justice, la réforme des prisons et le respect des droits de l’homme. «De nombreux domaines nécessitent encore une attention urgente» pour mettre en œuvre la composante police de la Force conjointe, a-t-il rappelé.
S’agissant du respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire par la Force conjointe, «des travaux essentiels restent encore en suspens», a dit M. Lacroix, mais «la Force conjointe a pris des mesures importantes dans la bonne direction, notamment les mesures d’atténuation mises en place à la suite de l’établissement en cours du Cadre de conformité». Le soutien opérationnel et logistique réactif de la MINUSMA à la Force conjointe reste essentiel pour les opérations de la Force, en particulier dans le secteur Centre (région des trois frontières Mali, Burkina Faso et Niger). «La fourniture de denrées consommables de survie par la Mission s’est avérée essentielle pour soutenir la Force conjointe, notamment pendant la saison des pluies», a expliqué M. Lacroix.
Après l’autorisation donnée par le Conseil de sécurité, la MINUSMA a commencé à mettre en œuvre la commande de denrées consommables de survie aux contingents de la Force conjointe opérant en dehors du territoire malien sur la base des besoins identifiés et approuvés par le G5 Sahel. Néanmoins, les limites du modèle d’appui actuel à la Force conjointe présentent d’importants obstacles. «La question de la prévisibilité du financement reste préoccupante», a rappelé M. Lacroix. «La Force conjointe du G5 Sahel joue un rôle essentiel dans la réponse régionale à l’extrémisme violent. À cet égard, il est essentiel qu’elle reçoive l’assistance dont elle a besoin pour s’acquitter des tâches qui lui ont été confiées», a-t-il dit. «Malgré des progrès encourageants dans l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, il reste encore beaucoup à faire», a dit M. Lacroix. «Nous devons être conscients des conséquences désastreuses de la situation sécuritaire pour le reste de la région de l’Afrique de l’Ouest si la situation au Sahel n’est pas traitée de manière adéquate», a-t-il prévenu.

Soutien US, mais «alarme» après la libération de 200 islamo-terroristes
Alors que les appels à la mobilisation de ressources supplémentaires pour soutenir la lutte du G5 Sahel contre le terrorisme se poursuivent, il en va de même pour les appels à une mobilisation accrue pour lutter contre la pauvreté et la crise humanitaire sans précédent que traverse actuellement la région. «Le renforcement de la Force conjointe n’est en fait qu’un des aspects de l’appui de la communauté internationale», a précisé le Secrétaire général adjoint. Dans cet esprit, il a salué les mécanismes de coordination renforcés que la Coalition pour le Sahel (initiative des cinq pays de la région et de la France) propose de mettre en place. «Face à la situation au Sahel, la communauté internationale doit continuer à être motivée par une responsabilité partagée d’agir rapidement dans la complémentarité et dans un esprit de solidarité vis-à-vis des populations de la région», a-t-il conclu.
Selon l’APS, lors de la réunion consacrée à la présentation du rapport du secrétaire général de l’ONU sur la force conjointe G5 Sahel, «la délégation américaine s’est dite «alarmée par la libération en octobre d’environ 200 prisonniers au Mali, dont la plupart étaient détenus pour actes de terrorisme» lié à la branche locale d’Al Qaida, et demandé «instamment au Gouvernement de transition du Mali et aux autres acteurs de mettre en œuvre rapidement les principes de l’Accord d’Alger». Les Etats-Unis, rapporte l’agence de presse, reconnait que «la Force conjointe du G5 et sa composante civile sont essentielles pour s’attaquer à certaines des causes profondes du conflit au Sahel». Les Etats Unis, ajoute la même source, affirment qu’ils «restent déterminés à soutenir bilatéralement la Force conjointe avec du matériel, une formation, des fournitures et des conseillers».
Selon l’APS, pour la délégation américaine, «les contributions fixées par l’ONU ne sont pas une source viable de financement». En septembre, les Etats-Unis ont annoncé une aide humanitaire de 152 millions de dollars. «Cela s’ajoute à nos programmes existants de services sociaux régionaux, d’application des lois et d’aide à la sécurité et, également, à notre contribution directe de 111 millions de dollars à la Force conjointe», a dit la délégation d’après la même source.