Des dizaines de dirigeants sont réunis à Paris pour un sommet «One Planet Summit» qui a pour but de relever le défi du financement insuffisant de la lutte contre le réchauffement.

 

Un sommet où a été rappelé par l’entremise de l’hôte du jour le président français Emmanuel Macron «la responsabilité face à l’histoire» du président américain Donald Trump tout en se disant «assez certain» qu’il allait probablement «changer d’avis dans les mois ou les années à venir». «Le défi est immense, nous devons tout faire pour le relever», a insisté de son côté le Premier ministre fidjien Frank Bainimarama, président de la 23e Conférence de l’ONU sur le climat (COP23) à l’ouverture de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement. «Nous savons que c’est la différence entre la vie ou la mort de millions de personnes vulnérables à travers le monde», a-t-il ajouté. Pour atteindre les objectifs de Paris des investissements massifs sont attendus. «L’Agence internationale de l’Energie estime qu’il faudra en moyenne 3 500 milliards de dollars (d’investissements dans le secteur énergétique) chaque année pendant 30 ans pour contenir l’augmentation des températures à un minimum de 2°C», avait souligné le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim. Une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus sur l’île Seguin, à l’ouest de Paris ainsi que le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. La Chine, l’Inde ou le Canada, grands émetteurs de gaz à effet de serre, ne sont représentés qu’au niveau ministériel. Et les Etats-Unis, dont le président n’était pas invité sont représentés par un chargé d’ambassade. Le négociateur chinois pour le climat Xie Zhenhua a souligné l’engagement de son pays contre le réchauffement. «La Chine a accompli un grand nombre de choses, des choses nécessaires pour le développement durable de la Chine», a-t-il déclaré, évoquant les investissements dans les énergies renouvelables et la volonté de «basculer» vers une économie bas-carbone. Les pays du Nord ont promis de porter à 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 leurs financements climat aux pays du Sud, qui réclament des assurances sur cette promesse, en particulier pour pouvoir s’adapter aux impacts des dérèglements (digues, surélévation des habitats, systèmes d’alerte météo). Bien que le sommet n’est pas une conférence des donateurs, et doit se concentrer sur des «solutions concrètes» les questions de financement restent une thématique inévitable. Parmi les annonces attendues: des dons de fondations, des coalitions pour la «neutralité carbone» ou contre le charbon et des engagements d’entreprises privées. Un groupement de plus de 200 grands investisseurs a décidé de mettre la pression sur 100 entreprises parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre, pour qu’elles adaptent leur modèle à la lutte contre le réchauffement.

Point de financement  de la BM après 2019
La Banque mondiale a annoncé durant ce sommet qu’elle arrêtera de financer après 2019 l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz. L’institution multilatérale souhaite ainsi «aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris» les financements qu’elle accorde aux Etats. Si de plus en plus d’acteurs financiers affichent leur volonté de se désengager du charbon, énergie la plus polluante, la Banque mondiale est la première banque multilatérale à prendre un tel engagement dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz. Toutefois, dans certaines «circonstances exceptionnelles», la Banque pourra continuer de financer des projets dans le gaz «dans les pays les plus pauvres où il y a un bénéfice clair en terme d’accès à l’énergie», et à condition qu’ils ne soient pas en contradiction avec les engagements de ces pays dans l’accord international de Paris sur le climat, signé en 2015.
En 2016, les financements de la Banque mondiale dans l’industrie pétrolière et gazière ont représenté près de 1,6 milliard de dollars, soit moins de 5% de la totalité des financements accordés la même année.
Par ailleurs, à partir de l’an prochain, l’institution publiera tous les ans les émissions de gaz à effet de serre des projets qu’elle finance dans les secteurs les plus émetteurs, comme l’énergie, a-t-elle encore annoncé. La BM va également généraliser la prise en compte d’un prix interne du carbone dans ses futurs investissements.
5 milliards pour lutter contre le changement climatique
En outre près de 5 milliards de dollars ont été dégagés en faveur de 150 villes afin de les aider à mettre en œuvre des initiatives visant la résilience et la lutte contre le changement climatique, a annoncé la BM. «La Banque mondiale s’associe au Pacte mondial des maires et prêtera 4,5 milliards de dollars pour faire en sorte que 150 villes disposent des fonds nécessaires pour mettre en œuvre des initiatives visant la résilience et la lutte contre le changement climatique», a déclaré la BM l’un des organisateurs de ce sommet. Ce partenariat projette de fournir une assistance technique et financière à 150 villes à travers le monde qui entreprennent des programmes d’action climatique «agressifs» et l’enveloppe dégagée à cet effet permettra à ces villes de faire face aux menaces croissantes du changement climatique et apportera le financement «nécessaire» pour mettre en œuvre des initiatives durables sur le climat et les programmes de résilience. Selon la Banque mondiale, le partenariat aidera les pays à tirer profit du secteur privé en développant des actions bancables, structurant des partenariats public-privé pour attirer l’investissement privé, monétiser et augmentation la valeur des terres agricoles, et mettre en œuvre des mécanismes d’amélioration de crédit à même de permettre le financement commercial aux villes. Ce partenariat réunit la plus grande alliance mondiale de villes engagées dans la lutte contre le changement climatique. Cette enveloppe, sous forme de prêts qui s’effectueront au cours des trois prochaines années, s’appuiera sur les ressources de l’IFC (la Société financière internationale) et de la MIGA (Agence multilatérale de garantie des investissements), institutions appartenant à la Banque mondiale, pour fournir une assistance technique à 150 villes, y compris les villes du Pacte mondial actuelles
et futures, et renforcer la résilience aux risques climatiques et aux catastrophes.