Les circonstances tragiques de la disparition de Kamel Eddine Fekhar ont provoqué une onde de choc dans les milieux politiques et associatifs du pays.
La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh), par le biais de son vice-président Saïd Salhi, qualifie la disparition de Fekhar de «terrible nouvelle ». «Encore un acte intolérable pour un prisonnier d’opinion», pour M. Salhi, pointant du doigt les autorités. Un système qui, par « son mépris, son entêtement, fait encore une autre victime », après la mort du journaliste Mohamed Talmat dans les mêmes circonstances en 2016.
Pour le vice-président de la Laddh, il est temps de « situer les responsabilités, car le décès de Fekhar fait honte à la justice algérienne ». L’avocat Boudjemaâ Ghechir regrette la disparition de l’activiste Fekhar. «Il est malheureux d’apprendre de pareilles nouvelles ». «Les autorités judiciaires auraient pu le laisser en liberté provisoire du moment qu’il peut présenter des garanties pour être maintenu en dehors de la prison », estime Me Ghechir. Il « ne peut être considéré comme crime une dénonciation des dérives que l’on peut constater dans sa région », ajoute l’ancien président de la Ligue algérienne de défense de l’Homme (LADH). Un décès qui restera comme un point noir dans les annales de la justice algérienne, dira M. Ghechir.
Farouk Ksentini s’est dit, pour sa part, «consterné». Il est « inadmissible que quelqu’un meure en prison, qu’on mette un individu en détention préventive de façon souvent abusive ». Pour lui, ce décès « n’honore pas » la justice algérienne d’autant que Fekhar n’est pas le premier à avoir eu ce sort en prison et les avocats devraient à ses yeux réagir « collectivement et publiquement pour que cela ne se reproduise plus ».
L’ancien président du RCD Saïd Sadi dénonce une « arrestation arbitraire » qui a coûté la vie à Fekhar. « Sa mort n’est ni un accident ni un hasard, mais la conséquence d’une gestion inique et archaïque qui a déjà fait trop de victimes innocentes et qui ne manquera pas d’en faire encore si elle venait à se perpétuer », alerte M. Sadi. Tous les Algériens devraient se sentir interpellés parce que ce décès met « brutalement » fin à l’existence d’un citoyen qui ne demandait qu’à s’exprimer librement et pacifiquement dans son pays pour se mettre au service de la collectivité.
Le député FLN Mohamed Abi Smaïl, lui, a adressé une question écrite au ministre de la Justice et garde des Sceaux. L’interpellation porte sur les dessous de la mort de Fekhar, ses responsables ainsi que le projet de l’ancien gouvernement consistant à réformer la justice, notamment par «l’humanisation des établissements carcéraux ». Le FFS qui a appris « avec beaucoup de tristesse et de consternation le décès tragique du
Dr Kamaleddine Fekhar, militant des droits de l’Homme et de la démocratie», exige «justice et vérité » sur les circonstances du décès de Fekhar, et appelle les décideurs à «prendre des mesures d’apaisement, dont la libération immédiate des détenus d’opinion afin d’éviter au pays de s’enliser dans des scénarios chaotiques». L’état de santé de Kamel Fekhar, arrêté le 31 mars dernier et en grève de la faim depuis plus d’un mois, était très critique. Il a été hospitalisé au pavillon carcéral de l’hôpital de Ghardaïa dans des conditions lamentables, selon plusieurs sources.