Par Nadir Kadi
Le Pr Mourad Abid, président de la Société algérienne de chirurgie digestive et hépatobiliaire (AACDHB), a demandé, hier, la mise en place d’une véritable politique de dépistage et de traitement des cas cancer. Ainsi au-delà des nécessaires, mais trop peu nombreuses campagnes, tels «Octobre rose» ou «Mars bleu», le professionnel de santé explique, sur les ondes de la radio Chaîne III, que le pays a besoin d’une stratégie mieux «élaborée», dénonçant au passage l’absence d’une «politique sérieuse, réfléchie et mature» en la matière.
En ce sens, l’intervention, qui retient l’attention par une forme de reconnaissance implicite des dysfonctionnements du secteur de santé, Mourad Abid explique notamment à propos du coût des soins : «La prise en charge des patients est faite par des structures hospitalières de l’Etat (…) mais beaucoup d’examens complémentaires (IRM, scanners, bilans biologiques…) sont faits dans des cliniques privées». Ainsi, au-delà de la maladie en elle-même, «le cancer pose de véritables problèmes et on devrait aujourd’hui les prendre beaucoup plus au sérieux».
En effet, loin des habituels discours policés, le professeur Mourad Abid, en prenant le cas du cancer du sein, qui touche près de 20 000 femmes par an en Algérie, explique en substance que le «plan cancer», qui est suivi, comporte de nombreuses lacunes. L’ensemble de la stratégie se base, en effet, sur un «plan qui avait été fait dans l’urgence, en 2012, au moment de la «crise» de la radiothérapie (…) On nous avait demandé de la faire en un mois. C’était globalement n’importe quoi». Et ce «plan», malgré «son évaluation par les autorités et par le professeur Zitouni», désigné plus tard coordinateur pour la réalisation «d’un véritable plan cancer», puis encore son évolution vers un travail final «parfaitement intéressant», le document final et ses préconisations «sont restés et restent à ce jour dans les tiroirs».
En ce sens, Mourad Abid déclare que le problème du système de santé, et plus encore en ce qui concerne les soins du cancer, est «l’incapacité» de mettre en œuvre des stratégies de lutte, voire même une tendance à des exagérations dans la communication : «On a, à un moment, parlé de l’exécution de 70% du plan cancer, en réalité, ces chiffres se basent sur les aspects sans efficacité». Accusations qui mettent ainsi en cause le travail du secteur de la santé durant les dernières années, Mourad Abid argumente et donne pour exemple : «En ce qui concerne le dépistage, on en parle seulement en octobre pour le cancer du sein, ou en mars pour le cancer colorectal (…) mais entre-temps il ne se passe presque rien. Actuellement, il n’y a pas de politique sérieuse, réfléchie et mature pour arriver à une situation correcte.»
Le professeur souligne toutefois que des actions positives «indéniables» ont eu lieu, notamment en ce qui concerne la construction de nouveaux centres de prise en charge pour les malades du cancer «passés de 4 à 18». Leur répartition sur le territoire pose néanmoins problème : «Prenons le cas d’Alger avec ses plus de 3 millions d’habitants, il y a 3 accélérateurs (radiothérapie), plus 2 ou 3 dans le privé, sur lesquels il ne faut pas compter à cause des prix exorbitants (…) Prenons, par exemple et au hasard, une ville comme Béchar et ses 600 000 habitants, elle a également 3 accélérateurs». Déplorant par cet exemple le manque de «réflexion» dans l’élaboration des politiques de santé, d’autant que l’OMS «recommande» un accélérateur pour 500 000 habitants. Le professeur Abid fait également savoir que les professionnels de santé n’avaient pas été associés à la prise de décision : «La distribution des centres de lutte contre le cancer, et notamment des accélérateurs, a été faite sur des bases complètement obscures. Nous n’avons pas été conviés et on ne nous a pas demandé notre avis (…) Il faut le dire, cela avait été fait à l’époque par des politiciens sur la base de politiques électorales et sans réfléchir à la réalité». n