Le chiffre donne froid au dos. Soixante-cinq mille nouveaux cas de cancer, tous types confondus, ont été recensés en Algérie depuis le début de l’année 2021, dont 15 000 cancers du sein, a affirmé, hier à Alger, le président de la Société algérienne d’oncologie médicale, le professeur Kamel Bouzid.

PAR NAZIM BRAHIMI
S’exprimant au forum du quotidien El-Moudjahid, le Pr Bouzid, chef du service d’oncologie médicale au Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) de l’hôpital Mustapha-Pacha, a souligné que ces nouveaux cas de cancer ont été enregistrés à travers une trentaine de wilayas, y compris celles du Sud, dont Adrar, El-Oued, Ouargla et Béchar. Le conférencier a expliqué, par ailleurs, les principales causes de ces cas, «le tabac, l’alcool et la consommation de viande rouge, qui est un aliment classé, en 2014, comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», relevant que «les essais nucléaires français menés dans le sud algérien figurent aussi parmi les causes des cas de cancer après plus d’une soixantaine d’années». En ce qui concerne le Plan national anti-cancer (2015-2019), le Pr Bouzid a souligné l’importance de «consolider ses acquis et de poursuivre la sensibilisation des populations et des soignants».
Interrogé quant à l’impact probable de la pandémie du coronavirus sur le traitement des personnes atteintes de cancer, le spécialiste a indiqué que cette pandémie a impacté «lourdement» la prise en charge des malades, notamment en matière d’actes chirurgicaux, car beaucoup de services ont été reconvertis en centres anti-Covid-19, ainsi que le diagnostic précoce et le dépistage. Selon les chiffres sur lesquels s’est appuyé le conférencier le cancer du sein arrive en tête des types de cancer prévalant en Algérie, avec plus de 14 000 nouveaux cas enregistrés chaque année, dont un taux important apparaît avant l’âge de 40 ans, contrairement aux pays occidentaux où le cancer du sein apparaît après 60 ans et plus.
Il faut noter qu’en plus de cette prévalence inquiétante, l’Algérie demeure à la traîne en matière d’accès aux innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer, tel que l’a déploré récemment Ahcene Zehnati, chercheur en économie de santé, lequel a relevé que «seuls 42% des thérapies ciblées et immunothérapies sont disponibles en Algérie».
Selon ce chercheur, parmi les 16 innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer du sein, seules 8 sont enregistrées en Algérie dont 4 sont disponibles, précisant que parmi les 19 thérapies dédiées au cancer du poumon, seules 7 innovations thérapeutiques sont enregistrées en Algérie et seulement 3 sont disponibles. Pour le Dr Zehnati, les délais d’enregistrement, la négociation des prix d’achat par appel d’offres retardent l’accès aux traitements innovants, ajoutant que dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), l’Algérie «a le plus long délai dans le lancement des produits innovants». Faisant remarquer que la diffusion de traitements innovants impacte la croissance économique, dans la mesure où l’introduction de nouvelles molécules permet de réduire certains coûts et améliore la productivité, en général, le chercheur a précisé que «dans le cas de l’Algérie, les pertes de production dues aux cancers sont estimées à 16 millions de dollars en 2018». «Dans le cas du cancer du sein, les pertes liées aux arrêts de travail sont estimées à 3,45 millions de dollars, alors que les pertes dans le cas du cancer du poumon s’élèvent à 1,31 million de dollars». <