Le seuil des 750.000 morts du Covid-19 dans le monde a été franchi jeudi et l’inquiétude persiste face à une résurgence de la maladie, poussant de nombreux pays à imposer de nouvelles restrictions pour limiter sa propagation. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit une hausse «graduelle» des cas en Afrique avec les mesures de réouverture des économies africaines mais cette hausse «ne devrait pas être exponentielle», a affirmé, jeudi, la directrice régionale de l’OMS, Matshidiso Moeti.
L’Afrique est bien moins touchée que les autres continents par la pandémie du nouveau coronavirus, avec quelque 24.256 décès officiellement recensés, mais le continent a franchi la semaine dernière le seuil du million de cas enregistrés (1.073.788 cas), selon les statistiques du Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC Afrique) mis à jour jeudi. «Nous nous attendons à une augmentation continue des cas, une augmentation graduelle, à la suite de l’entrée en vigueur des allègements des mesures» de confinement, a indiqué Mme Moeti, lors d’un point de presse virtuel à partir de l’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent et pays le plus touché, selon l’APS. L’Afrique du Sud compte actuellement le plus grand nombre de cas de Covid-19 avec 568.919, mais aussi le plus grand nombre de décès liés au coronavirus, avec un nombre de morts atteignant 11.010. L’Egypte vient en deuxième position avec 95.963 cas et 5.085 décès, suivie du Nigeria qui a enregistré 47.743 cas et 956 décès, selon le CDC Afrique.
La même crainte est exprimée pour le continent européen où «un assouplissement des mesures, une plus grande disponibilité des tests mais aussi le relâchement des esprits en période estivale expliquent l’augmentation du nombre de cas de Covid-19 en Europe», a estimé jeudi Richard Peabody, l’épidémiologiste qui dirige l’équipe chargée des agents pathogènes à haut risque de la branche européenne de l’OMS. Il met surtout l’accent sur le comportement «des jeunes qui ont tendance à avoir des infections moins graves et donc une mortalité plus faible. Ils sont en partie à l’origine de l’augmentation des cas, mais le virus ne faiblit pas et rien ne laisse supposer un changement global de sa gravité», a-t-il déclaré. En Europe, le nombre de cas remonte ces dernières semaines mais, du moins pour l’instant, pas le nombre de décès, selon les données de l’organisation qui s’inquiète d’un éventuel lâcher-prise. «Si vous (…) cessez la pression sur le virus, alors il reviendra», a insisté l’expert, qui appelle les pays européens à rester réactifs et appliquer les leçons tirées des premiers mois de la pandémie. Selon le tableau de surveillance de l’OMS Europe, qui couvre 55 pays européens et d’Asie-centrale, depuis le début de la pandémie, près de 3,7 millions de cas de Covid-19 ont été rapportés en Europe, dont 218.383 morts.

Appel à financer le dispositif international anti-Covid-19
Par ailleurs, l’OMS a lancé, jeudi dernier, un appel à un financement urgent du dispositif international pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19, l’Accélérateur ACT, visant à assurer à tous les pays un accès équitable aux tests, traitements et vaccins. «Nous estimons que le monde devra dépenser au moins 100 milliards de dollars pour de nouveaux outils, en particulier pour tous les nouveaux vaccins développés. Le premier besoin et le plus immédiat est de 31,3 milliards de dollars pour l’Accélérateur ACT», a déclaré le directeur de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité par l’AFP. Créé en avril dernier, le dispositif n’a pu avoir, deux mois plus tard, à fin juin, qu’une promesse de 3,4 milliards de dollars, pour les produits de diagnostic, les traitements et les vaccins. Un des piliers du dispositif est «le Covax, un instrument de financement lancé par Gavi, l’Alliance du vaccin», pour «inciter les fabricants à produire des quantités suffisantes de vaccins et assurer leur disponibilité pour les pays en développement». «A ce jour, neuf candidats-vaccins font déjà partie du portefeuille Covax et subissent des essais de phase 2 ou 3 (essais sur les humains) ; et ce portefeuille – déjà le plus large au monde – est en constante expansion», selon le DG de l’OMS, qui souligne régulièrement le besoin d’avoir «plusieurs candidats-vaccins» de différents types «pour maximiser les chances de trouver une solution gagnante». Des pays qui représentent «près de 70% de la population mondiale se sont inscrits ou ont exprimé leur intérêt à faire partie de la nouvelle initiative», a-t-il affirmé, décrivant ce dispositif comme «un partage de risques et de récompenses». Bruce Aylward, à la tête de l’Accélérateur ACT, a précisé que le vaccin que Moscou affirme avoir mis au point ne faisait pas partie du portefeuille Covax, répétant : «Nous discutons avec la Russie pour avoir des informations supplémentaires, comprendre le statut de leur produit, les essais menés et quelles seront les prochaines étapes». <