Fortement présent lors des rencontres, représentations et débats lors des Journées du théâtre amazigh, Omar Fetmouche, dramaturge, metteur en scène, ancien directeur du Théâtre régional de Béjaïa et ancien commissaire du Festival international du théâtre, partage son constat de l’état des lieux du théâtre amazigh ainsi que les solutions pour une véritable évolution de ce style théâtral

Reporters : Selon vous, quelle serait la particularité de ces premières journées du théâtre amazigh ?
Omar Fetmouche : Ces journées du théâtre amazigh se distinguent par une particularité, qui est que nous n’avons pas vu de créations au sens propre du terme, mais beaucoup plus de pièces puisées dans le répertoire déjà existant, à l’exception de deux d’entre elles, qui étaient originales. Le constat est que nous avons beaucoup d’adaptations, ce qui veut dire que le théâtre amazigh est encore au stade des adaptations. Cela signifie que la création au sens propre du terme n’est pas encore bien établie. La plupart des pièces ont voulu s’inscrire dans la lignée de Mohya en termes d’adaptation. Mais le génie de Mohya, qui a une plume en or, c’est de savoir reconvertir en reprenant les pièces dans une véritable réécriture créative. Ce qui n’est pas le cas de la majorité des pièces.

Vous avez également mentionné dans un débat que les pièces se ressemblaient toutes… pourriez-vous nous clarifier ce point ?
Oui, en effet, nous avons constaté que la plupart des thématiques que nous avons entendues dans cette manifestation reste un théâtre de protestation et pleinement engagé, ce qui est bien. Car ce dernier est né de la douleur, dans l’urgence et aussi de l’interdit et, automatiquement, c’est tout naturellement que ce théâtre s’inscrit dans la protestation et l’engagement. C’est un peu à l’image du théâtre national qui, lui, est né de la guerre de libération et de la colonisation. On peut dire que la majorité des pièces théâtrales algériennes sont porteuses de la protestation et cela depuis Mahieddine Bechtarzi jusqu’aux années 1960.

D’après votre expérience, qu’en est-il de la relève dans le théâtre amazigh ?
La spécificité du théâtre amazigh est encore liée à un théâtre qui se base principalement sur les adaptations, mais la création est en train d’arriver à travers un groupe de jeunes. Lors de mon expérience, des textes reçus dans le cadre du prix Mohya, que j’ai géré pendant quatre ans, je peux vous dire qu’il y a énormément de créativités dans les textes écrits par des jeunes. Cela illustre que l’écriture de jeunes est en quête d’une maturité qui toutefois n’est pas encore arrivée à son terme. Que cela soit dans le domaine de l’écriture théâtrale ou celui de la dramaturgie et même au niveau du travail de la mise en scène. Le constat est qu’en fin de compte, les jeunes n’ont pas encore acquis tous les outils scéniques, la technologie au niveau des techniques du son et de la lumière ou tout simplement le travail sur l’expression corporelle du comédien. Par conséquent, on est toujours dans le théâtre du texte, c’est-à-dire un théâtre qui se résume à beaucoup de dialogues. Cependant, il est à signaler quelques louables initiatives prometteuses, à l’exemple de la pièce « 7e étage ».

Justement, quelles seraient les solutions pour que le théâtre amazigh puisse sortir du théâtre à texte ?
Le théâtre amazigh doit s’investir dans la recherche de l’expression corporelle, afin qu’il puisse sortir de ce théâtre à texte. Il serait aussi louable que ce théâtre ne se renferme pas sur lui-même et qu’il se découvre pleinement en explorant d’autres expressions dramaturgiques et scéniques.

Au final, quel bilan faites-vous de ces premières Journées nationales du théâtre amazigh qui se sont déroulées sur les planches du TNA ?
Nous avons vécu cinq journées de représentations théâtrales, mais cela reste insuffisant pour qu’on puisse bien découvrir pleinement le théâtre d’expression amazighe. Je dirais qu’il faudrait une dizaine de pièces pour qu’on puisse avoir une idée de ce genre théâtral. Dans les faits, nous avons eu la participation de trois wilayas, à savoir Tizi-Ouzou, Béjaïa et le TA, donc, au risque de me répéter, cela reste insuffisant pour faire un état des lieux et parler de journées nationales.