«Chaos is a friend of mine», aimait expliquer Bob Dylan dans ses interviews. Traduction : «Le chaos est un de mes amis». On ne sait pas si Pablo Longoria est amateur du génie américain, mais une chose est sûre : le chaos marseillais est devenu son allié de circonstances. Dans la séquence épouvantable que vit l’OM, le «Head of Football» sort plus renforcé que jamais. Désormais, il ressemble même au seul maître à bord.
Mardi, lors de la conférence de presse surréaliste d’André Villas-Boas, actant, au moins symboliquement, son départ, le nom de Pablo Longoria n’a pas été évoqué. Il transpirait cependant des propos du Portugais. «Le mercato a fini avec l’arrivée d’un nouveau joueur [Olivier Ntcham, NDLR]. C’est une décision qui n’est pas prise par moi, je l’ai apprise ce matin par la presse au réveil. C’est un joueur pour lequel j’ai dit non. Il n’était pas dans notre liste. Je n’étais pas pour». Mais Pablo Longoria, lui, si. Et ça fait toute la différence.
Si AVB s’est réfugié derrière cette excuse pour appuyer une décision qui semble prise depuis bien plus longtemps en réalité, il n’a pas hésité à sous-entendre entre les lignes que l’attitude de Longoria l’avait mis dos au mur. Car le «Head of football» de l’OM a travaillé de son côté un dossier qu’il avait refusé quelques semaines auparavant, mettant fin au «gentlemen’s agreement à propos des arrivées» entre les deux hommes forts du pôle sportif à Marseille. Un petit désaveu pour celui qui voulait encore être consulté, même sur du plus long-terme, sur les contours de l’effectif marseillais.

ON NE TOUCHE PLUS À LONGORIA
D’ailleurs, le communiqué annonçant la mise à pied conservatoire du coach portugais ne prenait pas de telles pincettes. «Les propos notamment tenus aujourd’hui en conférence de presse à l’égard de Pablo Longoria, directeur général chargé du football, sont inacceptables», pouvait-on ainsi lire. Un crime de lèse-majesté, celui de trop, tant Longoria a tissé patiemment sa toile ces dernières semaines à l’OM.
«Son investissement exceptionnel ne saurait être remis en cause et a au contraire été salué par tous pendant ce mercato hivernal marqué par une crise sans précédent». C’est finalement cette dernière phrase qui dit tout de l’importance prise par Longoria. Son premier vrai mercato dans la position de chef décideur de Marseille sur le marché l’a déjà rendu indispensable. Donc presque intouchable.
Qui a réussi le miracle de faire venir Milik, attaquant racé qu’on pensait inaccessible pour Marseille ? Qui s’est débarrassé des salaires embarrassants de Strootman et Mitroglou ? Qui a flairé le bon coup financier (et sportif ?) Olivier Ntcham ? Encore plus important aux yeux de certains, qui a réussi à revendre Morgan Sanson pour 19 millions d’euros dans un mercato aussi amorphe ? Ces questions sont évidemment rhétoriques.

IL EST LE SEUL ESPOIR DE «L’ANNÉE ZÉRO»
Dès lors, Longoria a eu le champ libre pour imposer ses vues. Quitte à frustrer celles des autres. Une situation qui rappelle que l’Espagnol ne vient pas de nulle part et que ses méthodes avaient déjà choquées certains à Valence. «C’est quelqu’un qui m’a fait du mal, expliquait ainsi Vicente Rodriguez, ancienne gloire du club che qui avait été poussé à la démission après une cohabitation très compliquée. Il m’a mis en difficulté avec quatre ou cinq directeurs sportifs car je ne savais pas ce qu’il faisait. Le plus important, c’est de travailler en bonne harmonie et de se parler. Mais ce mec était du genre à aller au bal tout seul. Il a montré à tout le monde qu’il n’était qu’un lâche et un type peu recommandable». Peu recommandable, peut-être, mais hautement rentable. Dans ces jeux de coulisses, ça pèse souvent bien plus lourd.
«Il a une vraie marge de manœuvre, une vraie latitude, il sait ce qu’il peut faire», expliquait d’ailleurs Fabrice Lamperti, journaliste à la Provence, lundi lors de la Nuit du Mercato. Ce mardi, elle saute aux yeux. Le voilà presque seul maître à bord d’un bateau qui tangue mais qui lui appartient de facto.
Dans la crise, Villas-Boas a disparu et Jacques-Henri Eyraud a épuisé le peu de crédit qu’il pouvait encore avoir auprès des supporters. L’incarnation de cet OM en lambeaux, c’est donc lui. Du marasme marseillais, il semble n’être que le seul espoir. «L’année zéro» promise au club l’été prochain le place au centre du jeu : c’est à lui que va incomber la tâche de remplacer les joueurs en fin de contrat (Florian Thauvin, Jordan Amavi, Valère Germain, Saif-Eddine Khaoui, Yohann Pelé), ceux en fin de prêt – même si certaines obligations sont présentes – (Michaël Cuisance, Pol Lirola, Leonardo Balerdi ou Olivier Ntcham) et ceux en fin de cycle (Duje Caleta-Car, Boubacar Kamara ou Dario Benedetto).
Dans ce champ de ruines, il aura la tâche de tout reconstruire à sa guise. Une partie de Football Manager, dont il est friand, grandeur nature. Son talent pour l’optimisation financière, à travers des montages audacieux, sa capacité à cibler des jeunes à fort potentiel et sa volonté de mener certains dossiers à bout font de lui l’homme par qui tout devra passer, en parfaite adéquation avec les besoins d’assainissements financiers du club. A quitte ou double, certes. Mais lui, au moins, a encore cette chance-là. Il est bien le seul à l’OM actuellement.