Le message de la main tendue du chef de l’Etat et de son engagement pour un dialogue ouvert à toutes les sensibilités dans le pays semble avoir été entendu. Pour être bien reçu et donner lieu à une nouvelle dynamique politique, une part importante des courants d’opposition souhaitent qu’il soit accompagné d’assurances et de garanties immédiates comme la libération rapide des détenus d’opinion avant de songer à une refondation du système de gouvernance.

L’offre de dialogue, annoncée vendredi dernier par le nouveau président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné visiblement de l’animation dans les états-majors des partis politiques, déjà secoués par l’avènement du mouvement populaire qui les a pris de court depuis ses premières manifestations il y a bientôt 10 mois.
Il reste, cependant, établi que l’offre bute sur l’épreuve de confiance et d’adhésion des acteurs politiques mis davantage dans l’embarras. En effet, il n’a pas fallu plus d’une déclaration émise par le successeur de Bouteflika, juste après la communication des résultats préliminaires de la présidentielle par l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), annonçant un dialogue avec le Hirak pour que l’ensemble de la classe politique se mette à l’heure de cette probable future étape.
Chacun y va de son appréciation et de son analyse bien avant que cette perspective ne soit officiellement déclinée, ni son agenda ni le format qu’elle va prendre. On trouve alors des partis expressément favorables à l’offre alors que d’autres sont dans le rejet catégorique. Il y a aussi ceux qui privilégient la prudence, ceux qui ont formulé des préalables au moment où d’autres ont joué l’ambiguïté, en attendant l’évolution de la situation.
Fortement ébranlés par l’émergence du mouvement populaire, une donne à laquelle ils se sont adaptés malgré eux, les partis politiques s’offrent visiblement à travers la main tendue de Tebboune une visibilité inespérée dans un climat politique inédit. Et c’est au moment où les observateurs notent une patente disqualification des partis, notamment au regard de la cuisante défaite du duo FLN-RND à l’élection présidentielle, que les formations politiques des différents courants tentent de rebondir et tenir un rôle dans l’Algérie de l’après-scrutin du 12 décembre.
Un exercice qui ne sera pas visiblement aisé au vu particulièrement de la présence d’un nouvel acteur de la scène politique, le Hirak en l’occurrence, et aussi des répliques que ledit mouvement n’a pas cessé de provoquer depuis le 22 février.
Nul doute que les appareils politiques qui ont le plus subi l’effet du Hirak sont ceux de la défunte alliance présidentielle (FLN-RND-MPA-TAJ) qui, depuis la chute du régime Bouteflika, ne cessent de compter les mauvaises nouvelles en vivant, d’abord, un malaise organique induit par l’incarcération de leurs têtes, Ould Abbès, Ouyahia, Benyounes, Ghoul. Puis, ils ont dû faire face à leur rejet par l’opinion jusqu’à ne plus avoir droit au chapitre du processus de dialogue mené pendant l’été par le panel de Karim Younès.
L’échéance présidentielle n’a pas été, elle non plus, un moment de confort politique pour la même alliance, appelée alors à faire un choix cornélien quant à la candidature à appuyer, particulièrement avec la présence en lice de quatre candidats (Benflis, Belaïd, Tebboune, Mihoubi) appartenant au même courant politique.
Aujourd’hui encore, cette alliance, ou plutôt ce qu’il en reste, se présente plus que jamais affaiblie après avoir perdu son pari présidentiel en misant sur le chef intérimaire du RND, arrivé quatrième au classement avec un total de 7, 28 % des suffrages exprimés.
A l’évidence, même si ces partis ne tourneront pas le dos à une offre de dialogue émanant du nouveau Président, il n’en demeure pas moins que leur soutien au processus annoncé risque d’être contre-productif.
Chez les partis de la mouvance démocratique, qui semblent décidés à inscrire leur alliance -le Pacte de l’alternative démocratique (PAD)- dans la durée, l’offre de dialogue ne constitue pas la priorité de l’heure, malgré les appréciations formulées par chacun des partis membres. Car, si l’approche sur l’offre de dialogue diffère d’une formation à une autre, force est de constater que pour le PAD, l’offre de Tebboune est plutôt prise pour un non-évènement dans la mesure où le sujet n’a pas suscité la moindre réaction du conglomérat de démocrates. « Seuls une véritable transition démocratique et un processus constituant souverain, qui pourraient être discutés dans la transparence dans une conférence nationale indépendante du système actuel, composée de participants du mouvement révolutionnaire et débouchant sur le départ du système, constituent un moyen permettant au peuple algérien de réapproprier sa souveraineté pleine et entière», persistent à dire les démocrates.
Chez les partis d’obédience islamiste, c’est le temps de la prudence, assortie d’une dose d’ambivalence comme c’est manifestement le cas au MSP, le parti le plus représenté de ce courant dans les assemblées élues, qui qualifie de «rassembleur» le discours de Tebboune, tout en déclarant qu’il jugera les intentions de ce dernier sur pièce. L’autre parti du même courant, le Front pour la justice et le développement (FJD) d’Abdallah Djaballah, a évité d’évoquer directement l’offre de dialogue, préférant appeler le pouvoir « à ne pas exercer de restrictions sur le Hirak et à mettre un terme aux arrestations et poursuites contre les partisans du mouvement populaire ».
Du côté des candidats malheureux à la magistrature suprême, c’est le président du Front El Moustakbel, Abdelaziz Belaïd, qui a fait part, dans un message de félicitations à Tebboune, de son « attachement » au dialogue, signant ainsi son adhésion à l’offre de dialogue. Les trois autres candidats semblent dans la gestion interne des conséquences de leur aventure infructueuse dans la course vers le palais d’El Mouradia.