Pendant que la production du pétrole carbure à plein régime, la demande mondiale évoluera en tendance baissière, selon les données publiées, hier, par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Dans son rapport mensuel pour octobre, l’Opep s’est montrée inquiète quant à une offre jugée excédentaire, à l’heure où la demande montre d’inquiétants signaux d’essoufflement.

La demande mondiale devrait croître de 1,50 million de barils par jour (mbj) par rapport à 2017, une révision à la baisse de 40.000 barils par jour par rapport à la prévision du mois dernier, lit-on dans le rapport mensuel de l’Opep. Elle table désormais sur une demande de 98,79 mbj en 2018. Selon l’Opep, la demande en pétrole provenant des économies émergentes connaît une tendance baissière, mais aussi celle du Moyen-Orient.
Pour 2019, la tendance serait identique à celle de cette année avec, au tableau une croissance attendue à 1,29 mbj, soit environ 70.000 de moins que la prévision du mois dernier. La consommation mondiale atteindrait ainsi 100,08 mbj.
Côté offre, la prévision de la production des pays extérieurs au cartel a été légèrement revue en hausse pour 2018 et 2019, tirée notamment par les États-Unis, où l’offre a atteint déjà des records inégalés. «Bien que le marché ait atteint un équilibre pour l’instant, les prévisions pour 2019 sur la croissance de l’offre non-Opep indiquent des volumes plus élevés, dépassant la hausse de la demande mondiale et conduisant à un excès croissant de l’offre sur le marché», indique l’Opep dans son rapport mensuel pour octobre. «La récente révision à la baisse des prévisions de la croissance économique mondiale et les incertitudes associées confirment la pression qui émerge sur la demande observée ces derniers mois», note l’Opep. Dit autrement, l’Organisation qui envisage un nouveau revirement dans sa politique dès décembre craint que l’on revienne à la case départ, lorsque les excédents du marché ont entraîné les cours dans une chute vertigineuse que les producteurs peinent encore à endiguer malgré les efforts consentis depuis 2016 afin d’adapter l’offre à la demande. Dimanche, les pays siégeant dans le comité adjoint de monitoring Opep-non Opep ont émis le vœu de revenir à leur accord de décembre 2016 qui portait sur la réduction de la production pour tenter un rééquilibrage du marché. Cette décision a été abandonnée en juin, propulsant le marché dans des incertitudes conséquemment à une offre qui se révélait abondante au fil des mois et à une demande moins vigoureuse. Les pays producteurs se rencontreront en décembre, à Vienne, afin de décider des suites à donner à cette volonté de remettre de l’ordre dans un marché qui risque de virer vers le rouge.
Cependant, le président américain, Donald Trump, a décidé à nouveau de jouer les trouble-fêtes, invitant son allié du Moyen-Orient, de surcroît premier producteur de l’Opep, l’Arabie Saoudite en l’occurrence, à ne pas changer leur politique. Donal Trump récidive dans ses attaques contre l’Opep : «J’espère que l’Arabie saoudite et l’Opep ne baisseront pas leurs production. Les prix du brut doivent être bien inférieurs si l’on se base sur l’offre!», a-t-il twitté, mettant à nouveau la pression sur l’Arabie Saoudite et l’Opep, décidés, semble-t-il, à remettre en cause leurs décisions de juin dernier et qui consistent à abandonner le système de quotas et à revoir l’offre à la hausse en prévision du rétablissement des sanctions contre le pétrole iranien. Ce n’est pas la première fois que le président américain intervient pour torpiller les politiques de l’Opep.
Il avait à plusieurs reprises demandé à cette organisation d’augmenter sa production pour faire baisser les prix avant les élections législatives américaines de mi-mandat, qui se sont tenues la semaine dernière. Jusqu’à présent, l’Opep avait joué le jeu: elle a révélé mardi que la production totale de brut de ses membres a progressé de 127.000 barils par jour en octobre sur un mois, pour atteindre un total de 32,900 mbj, selon des sources secondaires (indirectes). L’Organisation, tout comme le marché, font face désormais à une pression inédite qui pourrait se révéler néfaste pour bien d’économies dépendantes de la rentabilité du baril du brut. En conséquence, les cours du pétrole ont reculé hier en cours d’échanges européens.Vers 15H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier valait 68,51 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 1,61 dollar par rapport à la clôture de lundi. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour le contrat de décembre cédait 1,49 dollar, à 58,44 dollars, une heure après son ouverture.