Par Bouzid Chalabi
Un gros scandale de corruption vient de secouer l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC). La personne mise en cause n’est autre qu’un haut cadre de l’Office. Pour l’heure, les charges retenues contre cet inculpé par le juge d’instruction au pôle pénal, spécialisé dans la lutte contre le crime financier et économique près le Tribunal de Sidi M’hamed (Alger), sont lourdes.
En effet l’accusé, placé en détention provisoire, est impliqué dans des affaires de «corruption», «blanchiment d’argent», «enrichissement illicite» et «octroi d’indus avantages» comme l’a énuméré le procureur de la République Kara Chaker dudit pôle pénal, lors d’une conférence de presse qu’il a animé mardi en fin de journée au Tribunal de Sidi M’hamed. Pour le détail de cette affaire judiciaire, le procureur a fait état de «l’ouverture d’une enquête qui remonte à novembre 2020, et ce, à travers l’exploitation d’informations dans le cadre de la coopération internationale concernant l’argent sale et son blanchiment». Suite à quoi, rapporte le procureur, il s’est avéré que le dénommé H. A., âgé de 61 ans et résidant en Algérie, avait réalisé des transactions bancaires suspectes au Luxembourg de l’ordre de 1,9 million d’euros. A l’issue d’une enquête préliminaire, une brigade de lutte contre le crime financier et économique de la Sûreté d’Alger a été chargée de lancer des investigations qui ont démontré que le suspect avait occupé plusieurs postes à l’OAIC, dont Directeur du commerce extérieur, inspecteur général et président de la commission des marchés. «Le suspect effectuait de fréquents déplacements entre l’Algérie et la France à raison d’un voyage tous les deux mois et possédait plusieurs biens immobiliers dont une villa (513 m²), un local commercial (200m²) et un appartement de 180m² à Alger, acquis entre 2004 et 2009», a précisé la même source. Ajoutant que H. A. détenait plusieurs comptes bancaires renfermant des sommes faramineuses.
Après perquisition du domicile du mis en cause, des montants en dinars et en devise ont été saisis, en sus de sceaux de l’OAIC, des documents et des relevés, a indiqué M. Kara, qui a ordonné le placement du prévenu en détention provisoire pour «enrichissement illicite, blanchiment d’argent et octroi d’indus avantages». «Des commissions rogatoires ont été chargées de déterminer les biens transférés à l’étranger», a fait savoir le juge d’instruction. Répondant aux questions de la presse, le procureur de la République a tenu à rassurer que cette affaire «n’a aucun lien avec l’importation du blé avarié et qu’elle n’est qu’à son début», sans préciser si d’autres personnes étaient impliquées.
A partir de tous ces éléments d’enquête, tout porte à croire que le mis en cause n’a pas hésité à mettre à profit ces différents postes de responsabilité et particulièrement ceux de directeur du commerce extérieur et président de la commission des marchés. Des postes clés ayant pour missions chacun de sceller le programme d’achat et de sélectionner les fournisseurs ou trader. De plus quand on sait le nombre élevé de contrats d’achat que doit conclure annuellement l’OAIC avec une pléiade de «traders», on peut avancer que certains de ces derniers sont à l’affût de la moindre information qui pourrait les faire remporter un avis d’appel d’offres. «Pour les détenir il faut se rapprocher du responsable et ensuite tenter de le soudoyer. C’est apparemment ce à quoi s’est adonné H. A. car comment a-t-il pu acquérir autant de biens immobiliers et détenir des comptes en banque à l’étranger bien fournis ? Ce n’est certainement pas avec le salaire mensuel qu’il perçoit en sa qualité de haut cadre auprès de l’OAIC», lâche à Reporters un fonctionnaire de l’Office qui a tenu à garder l’anonymat.
Il convient de rappeler enfin que l’OAIC n’en est pas à son premier scandale de corruption puisque dans ce répertoire, les cas sont nombreux, certes, à des degrés différents. Le nombre de Directeurs généraux qui se sont succédé, tous limogés, non pour incompétence mais pour soupçon de corruption et d’octroi d’indus avantages.
Ce faisant on peut s’attendre à ce que dans l’actuelle affaire de corruption d’autres révélations interviennent culpabilisant d’autres responsables au sein de l’OAIC. C’est pour dire que l’OAIC va continuer à faire couler beaucoup d’encre.