Le dessinateur Abdelhamid Amine, plus connu sou le nom de «Nime», a reçu le prix du courage artistique, décerné dans le «Off du Off» organisé en marge du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (BD 2020).

Condamné en décembre dernier à un an de prison, dont trois mois fermes, et libéré depuis, Nime recevra aujourd’hui 1er février, le prix «Couilles au cul pour le courage artistique» qui récompense des auteurs et artistes «menacés» dans leur pays. «L’idée est de récompenser un artiste à la fois talentueux et courageux, qui doit se battre pour continuer de publier. En recevant ce prix, le lauréat, qui a subi des menaces dans son pays, s’assure de soutiens de par le monde et s’ouvre des opportunités professionnelles», expliquent les organisateurs du prix.
Né en 1985, diplômé des Beaux-Arts, collaborateur à la revue BD Faynouk, Nime a illustré plusieurs contes pour enfants, travaillé dans diverses agences de création graphique et de publicité, tout en continuant à évoluer dans le champ de la bande dessinée. Depuis 2013, Nime gère sa propre agence de communication, spécialisée dans la création graphique et l’art dédié à la publicité, tout en continuant à travailler sur ses projets personnels telle que sa bande dessinée dont des extraits sont visibles sur son blog «Dans ma bulle», ou encore l’auto-édition d’un recueil de bandes dessinées dont il est l’auteur.
Le 26 novembre 2019, il est arrêté dans son agence suite à un dessin politique intitulé «l’Elu» où l’on voyait les candidats à l’élection présidentielle algérienne attendre leur tour pour essayer une chaussure tenue par l’ex-chef d’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah, à la manière du prince choisissant Cendrillon. Au mois de décembre dernier, il est condamné à un an de prison avec sursis, dont trois mois fermes, à cause de ce dessin «politique». Il a été incarcéré à la prison d’Oran et le matériel informatique de l’agence confisqué. Il est coupable, selon la justice, d’«offense au président de la République», «outrage à fonctionnaire de l’Etat» et «distribution de documents de nature à nuire à l’intérêt national». Nime a été libéré au début du mois de janvier dernier, mais ses ordinateurs et disques durs, comprenant tous ses ouvrages, sont toujours saisis. Même si sa présence à Angoulême est attendue, aujourd’hui, pour recevoir son prix, cela n’est pas confirmé car même s’il est libre, «il est toujours condamné en sursis», rappelle l’association Cartooning For Peace.
Pour rappel, depuis 2016, la rédaction de «Fluide Glacial» et le «OFF of OFF» (le festival off d’Angoulême) s’associent pour décerner ce prix créé par Yan Lindingre dans le cadre du Festival off d’Angoulême, avec le soutien de l’Off of Off, Cartooning for Peace, Actua BD, Fluide Glacial et Sud Ouest. Il rend hommage à la bande dessinée, au dessin de presse, en tant que discipline de résistance. Ce Prix, initié un an après les attentats de Charlie Hebdo, récompense le courage artistique d’un dessinateur ou d’une dessinatrice. Les dessinatrices Nadia Khiari et Ramize Erer et les dessinateurs Kianoush Ramezani et Ramon Esono Ebalé (alias Jamon y Queso) avaient été primés les années précédentes.