La tension était à couper au couteau à la résidence universitaire de filles, Aïn El Bey, portant le numéro 12, et relevant de la méga université Salah-Boubnider, Constantine 3.
Trois jours auparavant, des dizaines d’étudiantes, en majorité en médecine, avaient exprimé leur courroux face à la déliquescence des «khadamate», les œuvres universitaires de l’Onou. L’une des causes directes a été l’absence de repas chauds, et même froids, pendant «une longue période», en plus de la carence dans la prise en charge des étudiantes depuis leur récent retour à la vie universitaire.
L’alerte a été donnée par une vidéo, devenue très vite virale, où un nombre impressionnant d’étudiantes huaient le directeur de la résidence à l’aide de «dégage» et «klitou lebled ya sarakine». La scène se passait à l’intérieur du resto U et des cuisines et il a fallu longtemps avant que le calme ne revienne. Au responsable de la cité U, il est reproché d’avoir fermé la cuisine de la résidence, entre autres, apprendrons-nous plus tard. Nous nous sommes déplacés sur place et, comme mentionné, la tension était vraiment palpable. Le directeur n’était pas sur place, nous a-t-on affirmé, mais un agent, sous le sceau du secret, nous a confirmé ce que des centaines de personnes avaient vu sur la vidéo postée le 27 décembre sur un réseau social.
«Il y a eu un manquement concernant les repas ces derniers temps, il est vrai ; mais le directeur n’en est pas responsable. Il a pris ses responsabilités, par contre, le resto a été momentanément fermé parce qu’il n’y avait pas assez d’étudiantes pour mobiliser toute l’équipe de la cuisine et offrir des centaines de repas à une poignée d’étudiantes. Tout le reste ira, et pas une seule fois, à la poubelle». Pendant notre «entretien», l’agent sera charrié par deux collègues qui le traiteront de «laudateur du directeur». Nous avons voulu en savoir un peu plus auprès de ces derniers, mais nous n’aurons pour toute réponse «on tient à notre boulot, mais dans un proche avenir, vous saurez tout car il y a une enquête en cours».
Apprenant notre présence sur place, des étudiantes en médecine tout juste sorties du bus universitaire confirment la désolation qui prévaut dans leur cité U. «Nous avons à maintes reprises réclamé la réouverture du resto, mais le directeur n’en avait cure. A chaque fois, il nous orientait vers les commerces de bouffe au foyer où le prix le plus bas d’un repas décent fait plus de 400 DA. Devant 120 DA du prix du repas universitaire, y a pas photo, même si la qualité laisse à désirer». D’autres accusations plus graves seront portées par les étudiantes rencontrées à l’égard du directeur de la résidence Aïn El Bey. Des accusations que nous ne mentionnerons pas car non seulement il n’y a aucune preuve pour les étayer, mais nous n’avons pas la version du directeur des lieux. Ce qui risque de porter des distorsions à l’enquête en cours, dont il est apparemment question.
En tout cas, les étudiantes ne comptent pas s’arrêter là, car nos interlocutrices promettent de récidiver prochainement s’il n’y a pas un retour d’écho à leurs doléances, nombreuses, il est vrai.