Dans un contexte mondial de confinement pour endiguer la propagation du Covid-19, l’occasion est donnée aux cinéphiles algériens et au grand public de découvrir une véritable mine d’or du patrimoine cinématographique algérien à travers la page Facebook et la chaîne Youtube «Les archives numériques du cinéma algérien».

Lancée depuis 2012, cette plateforme numérique propose un nombre important d’œuvres cinématographiques entre courts et longs métrages, documentaires, affiches, dossiers de presse depuis les première images tournées en Algérie jusqu’à nos jours. Les internautes peuvent aussi découvrir des extraits de films faisant partie de l’ancienne collection des archives de la Télévision algérienne accompagnées de présentations.
L’initiateur de ce projet titanesque, Nabil Djedouani, a confié dans une interview filmée à Radio M, dont le lien est disponible sur la page Facebook de ces archives numériques, que suite à des études de cinéma à l’université de Lyon, où il préparait son mémoire de Master sur une rétrospective des cinquante ans du cinéma algérien, il découvre dans le cadre de ces recherches qu’«il y avait un vide énorme de fonds filmique avec très peu de documents disponibles et des difficultés pour y accéder». A partir de ce constat, il décide de se lancer en 2012, avec l’ambition de regrouper différents documents liés au septième art algérien. Il souligne à ce sujet qu’«il y a tellement de films que l’on connaît. On valorise toujours les mêmes films, qui cachent toute une partie de la cinématographique et, en vérité, on connaît que 20% du cinéma algérien». C’est dans cet optique de faire découvrir le œuvres méconnues ou oubliées du patrimoine filmique algérien, que «Les archives numériques du cinéma algérien» est une véritable vitrine du septième art algérien depuis les premiers films muets de la période coloniale jusqu’aux œuvres contemporaines, dont la plateforme a réussi à acquérir les droits en concertation avec les héritiers.
Nabil Djedouani explique aussi à propos du choix de la plateforme Youtube, qu’en fait, elle est à la fois facile d’accès et d’utilisation et offre surtout une résolution plus que correcte. Il souligne aussi que cette démarche est conçue comme le prolongement de ses recherches sur le cinéma algérien, lors de la préparation de son Master, qui lui ont permis d’accumuler un nombre important de documents filmiques et surtout écrits sur le sujet. C’est dans l’esprit de la valorisation des différents documents, dont certains sont très rares, que la page Facebook a aussi été créée. «Elle regroupe d’autres documents, rares pour la plupart, que nous souhaiterions mettre à la disposition des cinéphiles, chercheurs, curieux, en libre accès», affirme-t-il

Des pépites à découvrir ou à redécouvrir
Parmi les pépites que l’on peut découvrir, sur cette chaîne Youtube consacrée à la filmographie algérienne, citons une longue interview de Kateb Yacine dans un documentaire réalisé par Jean Antoine, en 1966, intitulé «La rage d’écrire : Kateb Yacine». On peut également découvrir les premiers films produits par des Algériens dans les premières années de l’indépendance comme «le Temps d’une image», de Lakhdar Hamina (1964), «la Nuit a peur du soleil», de Mustpaha Badie (1965), «le Vent des Aurès», de Lakhdar Hamina (1966) et certains, inédits, comme «l’Algérie en flammes» de René Vautier, sorti en 1958. Mais aussi, d’autres œuvres sont également mises en ligne, à l’instar de «l’Aube des damnés», d’Ahmed Rachedi, du film de la romancière Assia Djebar sorti dans les années quatre-vingt intitulé «la Zerda ou les Chants de l’oubli», une critique virulente de l’imagerie occidentale. Une autre pépite cinématographique est à découvrir, le film «Nahla», de Farouk Beloufa, sorti en 1979. Par ailleurs, dans la série documentaire, citons notamment le documentaire historique «Massinissa», de Rabah Laradj, «Femmes d’Alger» de Kamel Dehane» (1992) et «une Femme taxi à Sidi Bel Abbès» de Belkacem Hadjadj, sorti en 2000.
Il est à noter aussi plusieurs œuvres et documents consacrés au Festival panafricain de 1969, avec notamment la dernière acquisition des images du cinéaste Georges Rey, qui a adhéré au concept de la page et a autorisé la diffusion de ces images. Georges Rey écrit sur la page au sujet de ses images tournées à Alger en juillet 1969 : «J’ai été en Algérie spécialement pour ce festival. Je trouvais extraordinaire que tout un continent se réunisse pour parler de sa culture, de son identité et, en même temps, afficher et respecter toutes les particularités de chaque pays. Ce qui était remarquable était l’exultation de la fierté de chaque participant.»
Dans un autre registre, pour mieux comprendre le cinéma algérien, des conférences sont aussi mises en ligne, à l’instar de la conférence intitulée «Analyse de la réception du cinéma en Algérie» de Faycal Sahbi, docteur en sciences de l’information et de la communication. Diplômé du département de cinéma de la Sorbonne nouvelle, il est enseignant-chercheur au département de communication à l’université Oran 1, où il exerce notamment au sein de l’équipe du master audiovisuel.
Pour conclure, citons, la plus récente vidéo mise en ligne le 24 mars, le documentaire «Hôtel Afrique», réalisé par Hassen Ferhani et Nabil Djedouani. Le documentaire relate le quotidien d’Ibrahim, Adam et Ismael, tous originaires d’Afrique sub-saharienne en situation irrégulière, qui vivent dans cet hôtel. Ils vivent de petits boulots. L’un est liftier dans un immeuble, le deuxième est cordonnier et le troisième travaille dans un chantier de construction. Un documentaire humaniste qui, dans un contexte de confinement forcé, permet de relativiser les vicissitudes de la vie. n