Par Feriel Nourine
L’Opep+ a menacé de réagir à la décision des grands pays industrialisés et donc grands consommateurs d’or noir de recourir à leurs réserves pour inonder l’offre pétrolière mondiale et faire baisser les prix. L’Alliance a répondu, lundi, aux Etats-Unis, au Japon, à la Chine, à l’Inde et à la Corée du Sud, en usant, à son tour, d’un discours menaçant. Elle n’exclut pas, à cet effet, de réduire sa production en cours, si ces pays venaient à mettre dans le marché leurs stocks stratégiques estimés à plusieurs millions de barils par jour.
«Libérez des millions de barils de pétrole de vos stocks d’urgence, et nous répondrons probablement», a lancé l’Opep+ à ces pays, la démarche mise par les pays grands consommateurs de brut «n’est pas soutenue par les conditions du marché». L’Opep a lancé cette menace alors que le département américain de l’Energie devait annoncer, hier, un recours à la réserve pétrolière stratégique (SPR) américaine, en coordination avec des mesures similaires prises par d’autres pays, avait déclaré une source au sein de l’administration du président Joe Biden informée des discussions.
Chose faite, et la Maison-Blanche est passée réellement à l’acte. En ce sens, elle a annoncé que les Etats-Unis allaient «utiliser 50 millions de barils de pétrole prélevés sur leurs réserves stratégiques dans une tentative de faire baisser les prix de l’essence, en forte augmentation». «Cette opération se fait en parallèle avec d’autres Etats, gros consommateurs d’or noir, en particulier la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni», a rappelé la même source. Un haut responsable de l’administration américaine a assuré qu’une telle coordination était une première. Parmi ces pays, le Japon avait brandi, samedi dernier, la menace de recourir à ses réserves. Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, a, en effet, déclaré que son gouvernement envisageait de puiser dans les réserves de pétrole en réaction à la hausse des cours du brut, a rapporté l’agence de presse Kyodo. Si cela devait arriver, ce serait la première fois que le Japon aurait recours à ses réserves stratégiques dans le but de faire baisser les prix, le pays ayant déjà pris une telle initiative pour faire face à des catastrophes naturelles et à des risques géopolitiques, rapporte Kyodo.
En agissant de la sorte, les Etats-Unis veulent calmer la flambée des prix à la pompe qui génère un problème politique majeur à Joe Biden, mais ouvrent également les «hostilités» contre l’Opep. Sauf que les stocks stratégiques ne régleraient pas le problème à long terme, font remarquer les spécialistes du marché. D’ailleurs, les cours ont réagi, hier, à l’annonce américaine par une reprise. Dans cette tendance, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier renouait avec le seuil des 80 dollars et s’affichait à 80,16 dollars après avoir gagné 0,58% De son côté, le West Texas Intermediate (WTI) pour le même mois engrangeait 0,17% à 76,88 dollars. Une évolution à l’inverse du début de séance marquée par une baisse des prix des deux références européenne et américaine.
A l’approche de la dernière réunion ministérielle de l’Opep+, le 04 novembre, le président américain s’était déployé pour faire pression sur les pays producteurs, notamment l’Arabie saoudite, pour qu’ils augmentent leur offre, mais sans atteindre son but. L’alliance maintient sa position inchangée et continue à faire jouer la carte de la prudence dans un marché qu’elle considère toujours menacé par un nouveau repli de la demande, notamment à travers un retour en force de la pandémie de Covid-19, comme le laisse entrevoir d’ailleurs le cas de plusieurs pays, européens surtout.
L’Opep+ ne cesse de répéter que le marché va bientôt devenir excédentaire et met en garde contre une trop grande précipitation et agressivité lorsqu’il s’agit d’augmenter la production. Face à pareille configuration, elle a décidé de maintenir à 400 000 barils par jour son supplément de production pour décembre.
Mais la nouvelle donne introduite par le recours aux réserves stratégiques pourrait pousser l’alliance à repasser aux réductions de son offre, de sorte à en limiter la portée. Les jours qui précèdent sa réunion ministérielle, la semaine prochaine, s’annoncent pleines de tractations dans un marché rythmé désormais à la confrontation et aux divergences entre les pays gros producteurs et les pays grands consommateurs.