Comme annoncé la semaine dernière, le ministère des Finances vient d’adresser aux banques publiques une instruction les obligeant à réduire les délais de traitement des dossiers de crédits. Ceux-ci ne doivent pas dépasser les 30 jours. La note en question demande aux banques de s’investir pleinement dans l’amélioration de l’accueil et l’orientation de la clientèle. Les présidents-directeurs généraux des banques publiques sont instruits d’assurer le traitement des dossiers de crédit «en 30 jours maximum» à compter de l’introduction de la demande et «d’assurer la qualité de la communication et de l’information du client pour une bonne compréhension des procédures», lit-on dans la note rendue publique, hier, par le ministère des Finances.
Le gouvernement semble bien décidé à dissuader les bureaucrates qui chercheraient à complexifier les procédures d’obtention des crédits bancaires. Il y a une semaine, le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, qui s’était réuni avec les opérateurs économiques et représentants des Chambres de commerce des wilayas de Tlemcen, Saïda et Sidi Bel-Abbès, avait annoncé une instruction en cours portant sur l’encadrement des mesures d’octroi et de suivi des dossiers de crédits spéciaux pour le financement de projets. «Il ne sera plus permis aux banques de retarder une quelconque étude après la diffusion de cette instruction, laquelle vise à combattre tout blocage bureaucratique», a déclaré Aymen Benabderrahmane, suggérant implicitement que des sanctions pourraient être infligées contre les banquiers ne respectant pas les termes de l’instruction.
L’instruction en question, telle qu’elle a été annoncée, devait combattre les comportements bureaucratiques au sein de certaines banques publiques et desserrer l’étau sur le crédit aux fins de soutenir les entreprises et la reprise de la croissance.
Les opérateurs se sont maintes fois plaints des conditions d’accès au crédit et d’un cheminement procédural qui s’apparente à un véritable parcours du combattant. Le coût du crédit ne cessait non plus d’augmenter, ce qui mettait à mal la trésorerie de bien d’entreprises.
Dans sa réponse aux desideratas des opérateurs économiques, le gouvernement instruit les banques d’accélérer la procédure d’octroi des crédits. Laquelle instruction est-elle suffisante à même de débureaucratiser les banques ? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on sait que certains banquiers font face à un véritable état de psychose provoqué par les procès de corruption en cascade, impliquant hommes d’affaires, responsables politiques, banquiers et autres hauts fonctionnaires de l’administration économique. La psychose était telle que les commissions de crédits étaient suspendues durant plusieurs mois au sein de certaines banques. La production des crédits a connu une forte tendance baissière en 2019 et 2020, chutant à des niveaux jamais vu ces dernières années. La Banque d’Algérie a annoncé il y a quelques jours, que les crédits à l’économie n’ont évolué que de 3% durant le précédent exercice, signe d’une activité en souffrance aussi bien au sein des banques qu’au niveau des entreprises. A cette psychose, qui a envahi les effectifs des banques, vient s’ajouter la pénalisation de l’acte de gestion qui reste, dans les faits, suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus des banquiers et des responsables de l’administration économique. La baisse des ressources bancaires, conjuguée à une hausse du niveau des créances improductives, n’a fait qu’aggraver la méfiance des banques vis-à-vis des demandeurs de crédits. Preuve en est qu’en plein choc pandémique, alors que la volonté de reprise devait s’accompagner par un soutien bancaire à l’investissement, les crédits n’ont évolué que de 3% par rapport à 2019, elle-même avait enregistré une baisse notable du nombre des crédits octroyés en faveur des investisseurs.