Dans ce combat inégal contre le mal qui le rongeait, la maladie a finit par terrasser notre ami et confrère, Fouad Boughanem, malgré son stoïcisme et son courage.

Un deuxième jour de l’Aïd sombre pour la profession. La nouvelle, tel un couperet, a fait le tour des rédactions et des réseaux sociaux, provoquant à chaque fois, choc et stupéfaction. Pour celles et ceux qui le savaient malade, ils espéraient une rémission, un miracle. Un sursis. On accepte difficilement le départ d’un ami. La négation de l’issue fatale, même si l’évidence est là.

Depuis la matinée, les hommages se succèdent sur les pages facebook de ses amis, mais aussi d’inconnus et d’anonymes. Des confrères qui totalisent des amitiés vieilles de plus de 40 ans, « cet ami, ce frère, ce compagnon de longue date, c’est un véritable roc qui s’effondre et avec lequel nous nous sentons anéantis. Rivé à l’exil, ces dernières années, Fouad restait le phare fidèle de l’amitié et du compagnonnage. Il savait écouter et quand il le faut décider à point. Il était, disons, plus jeune que moi. Mais c’était lui qui incarnait l’expérience et l’aptitude à réagir à point nommé aux situations délicates. Il s’effaçait avec un certaine noblesse pour permettre à ceux avec lesquels il travaillait de prendre la lumière » dira de lui Abdelmadjid Kaouah.

Malika Boussouf, elle, est littéralement effondrée :«priez pour son âme ! Je suis effondrée. Complètement anéantie. Je viens de perdre mon meilleur ami. Avec  Fouad, on aimait nous appeler les jumeaux tellement nous étions fusionnels. Pas plus tard qu’hier soir j’ai eu de ses nouvelles. On n’est juste pas sortis du même ventre. je ne sais pas comment je vais supporter sa disparition.»

Son enterrement est annoncé le jour même de son décès après la prière d’El Asr. Au cimetière de Delly Brahim, dès 16h00, affluent les premiers arrivants. Des journalistes, ceux de la vieille école surtout. De la génération de Fouad, mais aussi de plus anciens qui ont eu a apprécier son professionnalisme sans faille et sa générosité d’âme, toutes ces années où il a été à la tête du Soir d’Algérie. Des personnalités politiques aussi : Ali Ghediri, Salah Goudjil, Sofiane Djillali, Azzeddine Mihoubi est bien d’autres, facilement reconnaissables à l’empressement des caméras de télévision à les cadrer.

La dépouille mortelle arrive et est acheminée vers la mosquéecontigüe au cimetière, suivie par une foule dense. Au bout d’une vingtaine de minutes, elle sera réacheminée vers le cimetière, une fois le rituel de la prière mortuaire achevé.
Croisés sur le chemin de la civière, les membres de la rédaction du Soir d’Algérie ont des visages blêmes. NacerBelhadjoudja, très affecté retient difficilement ses larmes.

Fouad retournera à la terre dans un silence quasi-religieux. Seul le bruit des pelles, que l’on se passe de main en main au bout de quelques pelletés, s’entend dans tout le cimetière. Une plaque en contre-plaqué, comportant ses nom et prénom, date de naissance et de décès, est figée sur la terre fraîche. L’imam égrènera ses prières au défunt et louera ses mérites dans un rituel désormais consacré… Ceux qui ont connu Fouad savent qui il est et ce qu’il vaut. A son enterrement, il manquait un éloge funèbre digne de sa stature…

Le cimetière se vide. Dernières embrassades. Ultimes condoléances aux membres de ses deux familles. Celle, filiale et celle de la presse. Les politiques ne ratent aucune poignée de mains. Des rendez-vous sont pris. Des numéros de téléphones échangés. Pour certains, la raison reprend le dessus sur l’émotion. Mais certainement pas pour l’équipe du Soir d’Algérie. BadreddineMenaâ, les yeux rougis, s’empresse de rejoindre la maison de la presse. «J’ai un journal a bouclé et je ne sais pas comment vais-je y arriver !».

Tu y arriveras Badro ! C’est le meilleur hommage que tu puisses rendre à Fouad. Paix à son âme.

Zoheir Aberkane