PAR MILINA KOUACI
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a donné instruction, lors du Conseil des ministres tenu, dimanche, de vacciner les enseignants de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle avant le lancement des rentrées scolaire et universitaire. Entre acceptation et rejet de l’obligation vaccinale, des syndicats enseignants et estudiantins se demandent si l’autorité sanitaire est en mesure de faire vacciner les étudiants et les enseignants dont le nombre est très important, et ce, dans un délai d’un mois.
Ils sont près de 700 000 enseignants dans le secteur de l’Education nationale, 60 000 dans celui de l’Enseignement supérieur et des milliers dans la Formation et l’Enseignement professionnels, ainsi qu’un million d’étudiants. En revanche, si la population ciblée est identifiée, le partenaire social regrette de ne pas avoir de détails sur l’organisation de l’opération de vaccination dans les milieux scolaires et universitaires sachant qu’un intervalle de deux semaines est recommandée entre les deux doses du vaccin.
Le coordinateur national du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), Benhemadi Abdelkader, dénonce : « A ces interrogations s’ajoute l’absence de contact et de dialogue avec les établissements du supérieur » sur le déroulement de cette opération. « La population ciblée est connue. Et la corporation des enseignants est en parfaite connaissance des défis, et de la dangerosité que nous encourons si le milieu universitaire devient un foyer épidémique », dit M. Benhemadi. Il suggère à ce propos d’instaurer l’obligation vaccinale pour préserver la santé du personnel enseignant. « La vaccination est une protection individuelle et collective », insiste M. Benhemadi. Un argument « suffisant » à ses yeux pour que les enseignants se rapprochent « volontiers » des centres de vaccination. Le coordinateur du Cnes plaide, par ailleurs, pour l’organisation de campagnes de sensibilisation afin d’inciter les enseignants et étudiants à se faire vacciner dans le but d’atteindre l’immunité collective. De son côté, le porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), Abdelouahab Lamri Zegar, exige de vacciner tout le personnel des trois secteurs et pas seulement les enseignants. Les pouvoirs publics avaient appelé à la vaccination des travailleurs des trois secteurs, mais le président de la République n’a évoqué, dimanche, que le corps des enseignants.
Changement de stratégie de vaccination ou défaut de quantités suffisantes, M. Zegar trouve judicieux de faire vacciner tous les travailleurs des trois secteurs vu que le personnel administratif est également en contact avec les élèves. Ce dernier émet, également, des « réserves » sur les instructions de M. Tebboune. « Nous souhaitons que le principe de la vaccination volontaire soit privilégié sans instaurer implicitement l’obligation vaccinale », ajoute le porte-parole de l’Unpef.
« Nous avons besoin de campagne de sensibilisation et non d’instructions », renchérit le porte-parole de l’Unpef. Il indique qu’un nombre conséquent de travailleurs a été infecté par le coronavirus, donc « non éligible » à la vaccination. Il fait savoir, en parallèle, que des travailleurs du secteur ont reçu des doses du vaccin anti-covid avant le lancement de la campagne de vaccination dans le secteur « convaincus de la nécessité de le faire », ajoute M. Zegar.
De son côté, l’Union nationale des étudiants algériens (Unea) s’exprime en faveur de l’instauration de l’obligation vaccinale, en encourageant en particulier les étudiants à se faire vacciner.
Selon Mohamed Rahmani, membre du bureau national de l’Unea, « si les mesures de confinement sont allégées et qu’on constate un retour progressif à la normale, la vaccination est une alternative qui s’impose pour contrecarrer la propagation de coronavirus dans le secteur ». En revanche, il estime que « les pouvoirs publics n’auraient pas le temps de faire vacciner tout l’effectif du secteur dans un délai d’un mois, sauf si les établissements d’enseignement universitaires sont exploités à cet effet, avant la rentrée. n