Par Bouzid Chalabi
Le rappel du ministère de l’Agriculture et du Développement rural aux céréaliculteurs quant à l’obligation de livrer toutes leurs récoltes aux Coopératives de céréales et légumes secs (CCLS) suscite des interrogations.
En effet, dans un communiqué rendu public hier, le ministère de l’Agriculture précise que cette décision intervient en vertu des dispositions de la Loi de finances complémentaire 2022 et que «toute la production des céréaliculteurs doit être réceptionnée sans conditions, sur présentation d’une pièce d’identité du producteur et d’une attestation établie par le céréaliculteur concerné, précisant la localisation de la parcelle et sa superficie, la production doit être officiellement comptabilisée et stockée».
Toujours est-il, selon une source concordante, ce rappel du ministère lancé aux céréaliculteurs n’a rien de fortuit «car il résulte d’un constat de terrain où des céréaliculteurs ont fait fi de la directive susmentionnée. Autrement dit, ces derniers ont fait comme si de rien n’était», nous a confié notre source. En effet, on apprend que des céréaliculteurs n’ont pas respecté le dispositif suscité, ont confirmé des membres du bureau national de la filière céréale, approchés hier par Reporters. Nos sources rappellent que «les céréaliculteurs qui n’ont pas conclu une contractualisation avec la coopérative relevant de leur zone d’activité sont libres de vendre au plus offrant. Quant aux autres, ils doivent respecter le cahier des charges conclu avec la CCLS de leur contrée». Nos sources n’écartent également pas l’hypothèse que «certains céréaliculteurs liés aux CCLS dans le cadre d’une contractualisation ont préféré vendre à des minotiers plus offrants». Comme on a appris que si certains céréaliculteurs ne sont pas soumis à l’exigence de remettre toute leur récolte à la CCLS «c’est pour la simple raison d’éviter un retard dans la perception de leur argent dû au fait que leur chèque tarde à être libellé en leur nom. Préférant ainsi s’adresser aux minotiers qui peuvent leur assurer de percevoir leur dû sur le champ».
Autre son de cloche récolté par Reporters, celui émanant de Mohamed Amokrane Nouad, expert agricole et en diversification industrielle. Ce dernier considère que cette obligation faite aux céréaliculteurs de remettre aux CCLS toute leur production «est tout à fait curieuse». Pourquoi ? Selon cet expert «elle va à contre-courant de la nouvelle politique des pouvoirs publics d’encourager la production, voire même l’investissement dans un secteur de l’agriculture appelé à se développer dans les plus brefs délais». Poursuivant son approche sur le sujet, cet expert n’a pas caché son étonnement d’imposer aux céréaliculteurs qui ne sont liés par aucune contractualisation avec une CCLS une telle directive». «C’est à croire que nous ne sommes pas dans une économie de marché ou le dernier mot revient au plus offrant en matière de vente de récolte», déplore-t-il. Notons enfin, selon nos sources, que la lenteur dans le processus de réception des récoltes au niveau de nombreuses CCLS n’a pas été du goût de certains céréaliculteurs au point de les pousser à leur tourner le dos et prendre le chemin des minoteries. Et cela quand bien même le ministère de l’Agriculture a décidé de prolonger la période de moissons-battage jusqu’au 30 septembre prochain. n