PAR NAZIM BRAHIMI
Le ministère de l’Enseignement supérieur persiste et signe dans sa démarche à mettre en retraite les enseignants-chercheurs ayant dépassé les 70 ans, décision annoncée au mois d’avril dernier et dont l’application ne semble pas avoir satisfait la tutelle.
Cette dernière vient de fixer le 15 novembre, soit dans une semaine, la date butoir pour exécuter la décision en envoyant à la retraite professionnelle tout enseignant et hospitalo-universitaire qui a dépassé les 70 ans, alors que la mesure ne fait pas l’unanimité parmi la communauté universitaire.
Dans une note adressée aux chefs d’établissements, le département de Kamel Baddari n’a pas caché son «insatisfaction» en estimant que l’exécution de la décision ministérielle n’a pas atteint le niveau demandé.
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a fait état, à ce propos, d’une «disparité» entre établissements dans le suivi de la décision en question, déplorant également le «refus» d’un nombre important d’universitaires concernés de remettre leurs dossiers de départ à la retraite «en dépit des mises en demeure successives» qui leurs ont été envoyées par leurs établissements d’appartenance.
Le département de l’Enseignement supérieur a en effet instruit les chefs d’établissements à l’effet d’exécuter la mesure sans aucune exception avant la date du 15 novembre, invitant ceux qui ne l’ont pas encore fait à entamer la démarche de départ à la retraite.
Ce qui signifie la fin des espoirs que les autorités abandonnent cette mesure. Au mois de juin dernier, un collectif d’enseignants et de chercheurs a adressé une lettre à destination du président de la République, auquel il a été demandé d’intervenir par voie d’un réexamen de cette décision qu’ils continuent à qualifier d’«illégitime».
«Monsieur le Président de la République, nous sollicitons aujourd’hui votre haute autorité pour le réexamen de cette décision illégitime qui porte un préjudice considérable à l’image de notre pays et qui constitue une grave atteinte à votre programme de construction d’une Algérie nouvelle dont la connaissance et le savoir constituent un pivot», se sont-ils plaints auprès du premier magistrat du pays.
Pour le collectif, cette mesure «pose d’épineuses questions tant d’ordre juridique et réglementaire que moral et d’éthique ou professionnel et social». Ceci d’autant qu’«elle vient en contradiction avec les règlements de la Fonction publique fixant les modalités de mise à la retraite des fonctionnaires», citant à ce propos le cas du «départ volontaire suite à la demande écrite de l’intéressé et celle de la notification individuelle émise par l’employeur demandant au fonctionnaire concerné de faire valoir ses droits à la retraite».
La décision de la tutelle «met fin de manière brutale à des projets de recherche en cours, à des encadrements de thèses de doctorat dont certaines viennent à peine d’être entamées et devant se dérouler sur les trois prochaines années ainsi qu’à des programmes scientifiques pluriannuels engageant l’Algérie avec des universités et des centres de recherche de nombreux pays», ont alerté les enseignants et chercheurs appelés à mettre fin à leur carrière professionnelle.
Dans son appel au chef de l’Etat, le collectif a rappelé que la mesure contestée touche 1 236 professeurs et chercheurs de manière «fort incivile» et que ces derniers «ne sauraient être remplacés du jour au lendemain par l’ardeur de jeunes doctorants que leurs aînés doivent, comme dans tous les pays du monde, accompagner dans l’acquisition de l’art et des bonnes pratiques pédagogiques et scientifiques».
Deux mois après le coup d’envoi de l’année universitaire, le ministère de tutelle «tient manifestement à une exécution entière de la décision, ce qui poussera certains établissement à se passer définitivement des enseignants ayant dépassé l’âge fixé et qui ont été gardés notamment pour des travaux de recherche», selon un maître de conférences à l’université de Boumerdes.
Ce qui ne manquera pas de «bousculer» le déroulement des programmes pédagogiques, selon la même source, qui déplore un «ultimatum» en pleine année universitaire. n