Par Leila ZAIMI
Les travailleurs de Numilog, filiale des transports du groupe agroalimentaire Cevital à Béjaïa, n’ont pas pu célébrer hier la Journée internationale des droits des travailleurs dans la gaieté qu’aurait pu leur offrir la circonstance. Pour cause, leur conflit syndical avec la direction persiste malgré la décision de justice qui a réhabilité les travailleurs exclus, il y a dix longs mois.
Dans leurs plaintes contre la direction, les 196 travailleurs licenciés ont eu 13 fois gain de cause, en 10 mois. De quoi satisfaire tous les fonctionnaires de la filiale. Sauf que les décisions de justice sont restées, du moins pour le moment, sans suite. «La réintégration telle que nous l’avions réclamée n’a pas eu lieu. Pire, les 51 employés qui ont réintégré leur travail ont dû prouver leur loyauté au patron, par le biais des médias ou autre», nous a confié Farès, l’un des employés licenciés.

Pour Farès, «cette prétendue réintégration ne s’est pas faite sur la base de la décision de justice, mais a emprunté d’autres canaux. La preuve, le reste des travailleurs licenciés le sont toujours, et ce, depuis juin dernier». Les travailleurs, dans leurs déclarations, notamment sur les réseaux sociaux – puisque peu d’organes médiatiques leur donnent la parole – expriment leur colère et dépit de voir la justice les réhabiliter dans leur droit, mais que ses décisions ne sont pas appliquées. «Notre litige n’a pas évolué alors que la justice a tranché en notre faveur», tiennent-ils à communiquer, en solo ou en groupe, sur les réseaux sociaux.
Il y a quinze jours, le 14 avril, un sit-in pacifique des travailleurs de Numilog a été observé à Béjaïa, pour demander l’application des décisions de justice. Mais, l’action de protestation a été réprimée par les forces de l’ordre jusqu’à déplorer des blessés parmi les travailleurs en action. Au mois de novembre dernier, c’est un autre sit-in qui a été tenu devant le ministère du Travail. A travers cette action, les travailleurs, appuyés par des militants de gauche, ont voulu faire parvenir leur voix au ministère. «Dommage, nous n’avons pas été reçus par la tutelle. Le litige risque de se corser», déclarait alors un travailleur de Numilog, membre du collectif syndical. «Nous tenons, à travers cette action dans la capitale, à interpeller le ministère du secteur pour appliquer les lois garantissant le droit syndical et de réintégrer les travailleurs licenciés abusivement», confie alors un travailleur de Numilog.
Sur les pancartes des manifestants, on puvait lire «non à la violation des libertés syndicales», «la création des syndicats est un droit légitime des travailleurs», «où es-tu Justice, Rebrab fait ce qu’il veut», ou encore «Rebrab au-dessus de la loi, qui protège les travailleurs ?»
Pour avoir la version et les explications de la Direction générale du groupe Cevital, nous avons contacté le chargé de communication du groupe Cevital, Mouloud Ouali. Ce dernier nous a déclaré que «les responsables n’ont rien à déclarer à ce propos», ajoutant que «le communiqué du comité de participation de l’entreprise suffit largement» pour comprendre les enjeux du litige et que «la Direction générale de Cevital n’a rien à rajouter».
Sollicité par nos soins, alors que le conflit était à ses premiers mois, l’expert en questions sociales, Nouredine Bouderba, a estimé que ce qui se passe à Numilog aujourd’hui est «un problème très profond qui dévoile la réalité des droits du travail en Algérie». Bouderba souligne que «chez nous, le privé algérien ou privé mixte n’admet pas le droit syndical. Plusieurs employés sont licenciés lorsqu’ils s’apprêtent à organiser des sections syndicales au sein de leur entreprise, un droit pourtant bel est bien garanti par la loi». n