Propos recueillis par Leila ZAIMI
Reporters : vous êtes didacticienne et enseignante de langue et de littérature espagnoles à l’institut Cervantès d’Alger. Vous avez enseigné l’espagnol un peu partout dans le monde et vous venez d’éditer un ouvrage sur l’apprentissage de l’espagnol comme langue étrangère via les textes et écrits littéraires. C’est d’ailleurs le thème de votre thèse de doctorat que vous venez de soutenir en Espagne.
Maria Dolores Albaladejo García : Mon livre intitulé «l’Utilisation didactique de textes narratifs en classe d’espagnol comme langue étrangère» est, comme vous l’avez dit, une thèse de doctorat que j’ai ensuite synthétisée en livre, destiné au grand public notamment. L’ouvrage offre des clés pour l’enseignement de l’espagnol comme langue étrangère avec, comme support didactique et pédagogique, des œuvres littéraires. C’est le résultat d’un travail de recherche intense dans le domaine de la didactique de la langue espagnole, adossé à mon expérience professionnelle en tant que professeure d’espagnol à l’institut Cervantès d’Istanbul, de Damas, d’Amman et dans divers centres universitaires comme l’université du Delaware aux Etats-Unis et l’université Kadir-Has à Istanbul.
Jeudi dernier, lors d’une conférence devant le public de l’institut Cervantes d’Alger, j’ai eu l’occasion d’expliquer ma démarche entre enseignement conçu à partir d’un corpus théorique et de recherche universitaire et une pratique personnelle dans les classes d’espagnol, langue étrangère. J’ai pu partager avec mon auditoire l’idée qu’on apprend davantage et mieux une langue étrangère en puisant dans la beauté de ses textes littéraires. A travers la littérature, on comprend bien la magie d’une langue, sa structuration et son fonctionnement
Vous enseignez la langue et la littérature espagnoles à l’institut Cervantès d’Alger. Comment trouvez-vous l’ambiance en classe ? Et si je vous demande qu’est-ce que l’espagnol en Algérie, que répondez-vous ?
Je ne suis à Alger que depuis sept mois en tant que professeure d’espagnol, et depuis, je n’ai pas cessé d’être surprise par l’incroyable demande d’espagnol dans ce pays. Je ne parle pas uniquement de la capitale. Maintenant, grâce à l’enseignement en ligne, nous avons des étudiants des quatre coins du pays. Depuis le début de la pandémie de la Covid-19, et l’option de l’enseignement à distance, la demande d’apprentissage de l’espagnol n’a pas cessé d’augmenter. Quant au profil des étudiants, je le trouve très varié et intéressant. Nous avons des étudiants de tous âges, de différents niveaux d’éducation et de profils professionnels. Des ménagères avec un intérêt admirable pour parler l’espagnol, aux professionnels qui ont besoin de cette langue comme outil de travail, en passant par les étudiants universitaires. Tous font preuve d’une motivation au-delà du caractère purement linguistique et s’intéressent à d’autres aspects comme la civilisation et la culture. Je dirais que cet intérêt reflète le lien particulier que l’Algérie entretient avec l’Espagne, c’est-à-dire avec sa langue, sa culture et ses habitants.

Actuellement, vous donnez un cours spécial de langue et de littérature espagnoles. Pourriez-vous nous en dire plus, méthodes apprenants, interaction en classe, etc. ?
La méthode d’enseignement utilisée pendant le cours que j’enseigne est celle proposée dans mon livre. Elle se caractérise par son caractère communicatif, participatif et global – dans le sens de l’utilisation interdépendante de l’élément linguistique, culturel et littéraire. Au cours de l’élaboration du cours, je fais en sorte que les étudiants, malgré leurs différences d’âge, d’éducation et d’intérêt, travaillent comme un groupe homogène. Pour ce faire, j’ai recours à des activités et à des tâches permettant une interaction entre les apprenants. Elle est nécessaire, car, en séances, ils doivent travailler tantôt en groupes et en équipes, tantôt en binômes ou pour pouvoir les réaliser systématiquement. Cela favorise la création d’une classe de groupe cohésive et d’un environnement propice à l’apprentissage.
Sur un plan plus large, je m’assure que les textes littéraires que je propose à mes élèves éveillent leur curiosité pour la littérature en langue espagnoles et les incitent à s’en enquérir après les heures de cours. De la même manière, j’essaye de rendre ces textes mémorables. J’aime penser qu’à l’avenir, mes élèves se souviendront des textes qu’ils ont lus pendant le cours, même s’ils oublient l’enseignante qui les a présentés. Le rôle de la littérature dans le modèle didactique proposé aux étudiants est essentiel. C’est un axe central de l’enseignement de la langue.

Qu’est-ce que la littérature pour vous ?
A mon sens, il n’existe pas une définition type de la littérature. Cela dépend de chaque individu et de la perspective à partir de laquelle il se situe dans l’abord d’un texte. Dans le travail que je présente, les textes littéraires sont considérés, au-delà de leur caractère esthétique, comme des supports et des documents qui transmettent le contenu de la langue, de la culture ainsi que les riches et diverses valeurs appartenant à la communauté hispanophone. La littérature remplit des fonctions multiples et variées dans la vie de l’être humain, esthétique, ludique, linguistique, idéologique, politique et culturelle… Sa fonction consiste à les combiner tous.