L’ambiance et l’effervescence étaient au rendez-vous dans la soirée de jeudi dernier à l’occasion de la 4e «Nuit des idées », qui s’est déroulée au niveau de l’Institut français d’Alger, mais également dans d’autres lieux culturels de la capitale.

Cette année, en effet, l’IF a collaboré avec des partenaires algériens pour créer une nébuleuse d’activités nocturnes autour de l’art, la littérature, la philosophie et l’échange tout simplement. Au siège de la librairie de l’Union des écrivains algériens à la rue Didouche-Mourad, la rencontre avec le chroniqueur et écrivain Chawki Amari a attiré beaucoup de personnes qui ont longuement débattu et échangé avec lui. Auparavant, c’est quelques ruelles plus bas que l’école « Artissimo », espace de diffusion, a accueilli une rencontre-débat très animée autour de la thématique du management et de l’entrepreneuriat dans la culture aujourd’hui. Le même enthousiasme dans l’échange des idées et le partage des expériences était palpable dans les différentes endroits où était organisée cette 4e édition de « Nuit des idées » à l’instar de la rencontre avec le caricaturiste Le Hic au restaurant La Renaissance, et une autre avec l’écrivain Amine Zaoui à la librairie du Tiers-Monde.
Le quartier de Bab El Oued a aussi participé à cette 4e célébration de
« La Nuit des idées », avec la participation de la librairie Chihab, qui a organisé une rencontre avec Ameziane Ferhani autour de la thématique de « l’écriture, de la mémoire face au présent et le nécessaire devoir d’écrire pour se souvenir ».
Quant au siège de l’association SOS Bab El Oued, ce sont les jeunes qui étaient à l’honneur avec du Slam, de la poésie et des contes pour raconter le quartier populaire de Bab El Oued entre hier et aujourd’hui. Le septième art aussi a marqué cette manifestation avec la projection à la Cinémathèque algérienne du film engagé dans l’environnement, le commerce équitable et une approche humaniste du monde du travail intitulé «Demain», réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent.
Au niveau de l’Institut français d’Alger, la soirée a débuté sur le ton de la réflexion et du questionnement sur soi et sur le monde qui nous entoure avec la psychologue Amina Belharizi et le philosophe Hafid Hamdi Cherif.

Place aux petits pour l’échange et la créativité
Dès 19 heures, les enfants ont été conviés à participer à cette « Nuit des idées », au niveau de la médiathèque éclairée de fanions, de guirlandes et de bougies, créant une atmosphère magique pour les nombreux enfants présents. Au programme, l’une des plus célèbres fables de Jean de La Fontaine « La Cigale et la Fourmi » présentée par l’animatrice Zahia. Elle a réussi à captiver une meute d’enfants survoltés, notamment en leur faisant découvrir une nouvelle version signée Françoise Sagan. Ainsi qu’une version ancrée dans leur quotidien qui parle de xbox et de cigale devenue star de l’émission « Voice », tel un clin d’œil aux nouveaux critères moralistes. La lecture de ces différentes versions a été suivie par un jeu interactif de questions-réponses autour de la thématique des fables dans une ambiance chaleureuse digne des kermesses populaires.
En parallèle, il y avait aussi un atelier de coloriage où l’animatrice, a présenté l’application gratuite « Wakanatoo » du livre innovant « Le Père Noël est en retard». Le principe est que les dessins à colorier sont en fait les différents passages de l’histoire qui, une fois coloriés, sont photographiés et s’animent sur l’écran grâce à l’application « Wakanatoo ». Les enfants étaient émerveillés de voir les dessins de leur coloriage s’animer pour raconter l’histoire. Ils étaient tellement fiers qu’ils voulaient recolorer encore les dessins cultivant ainsi leur créativité et leur imaginaire. Les plus grands et même ceux qui avaient fini leurs coloriages se sont également amusés dans un esprit de compétition bon enfant de jeux vidéo organisée au niveau de l’étage dans l’espace « son et image ». Ainsi, côte à côte, des trentenaires rivalisaient avec des enfants de dix ans et des jeunes de vingt dans une ambiance marquée par les éclats de rire et la concentration des gagnants.

Musique et poésie pour célébrer la communion
En milieu de soirée, vers 22H30, place à la musique au niveau de la médiathèque avec le groupe «Zyar». Le public toutes générations confondues a repris en chœur les classiques du flamenco, mais également des reprises de « Bakhta » de cheb Khaled, réclamée par les présents avec le clou du spectacle, la chanson «Bella Ciao » dans sa version originale et son adaptation algérienne. Le refrain a été repris par les présents dans une ambiance festive où enfants, jeunes gens, femmes et hommes d’un certain âge, ont dansé et chanté dans une réelle communion, illustrant ainsi que l’art et la musique sont le langage commun à toutes les générations de tous les pays.
La soirée s’est clôturée tout en douceur avec des lectures de poésie sur des thèmes d’actualité, à l’instar de la condition de la femme, dont l’mouvant poème abordant la problématique du viol, écrit et lu par cette jeune femme dédiée à son amie qui «a vécu cette lourde épreuve.
Mais je suis fière d’elle car elle a réussi à se reconstruire ». Un professeur universitaire a également participé à cette lecture poétique avec un poème consacré à la campagne qu’il mène contre les pervers narcissiques et vampires psychiques qui sévissent dans les milieux universitaires et la société algérienne.
La beauté des paysages du sud algérien et celle de l’Algérie belle et forte a aussi marqué cette soirée dédiée à la lecture poétique, notamment avec la lecture de la journaliste de la Chaîne III, Hayet Rahmani, pétri d’émotions porté par sa voix de velours sur les notes d’une composition originale pour guitare du musicien Lotfi qui l’a accompagnée dans la sublimation de l’un des plus beaux poèmes de Jean Senac dédié à la célébration de l’indépendance de l’Algérie.
« Un poète qui a fait cent fois le tour du monde pour devenir algérien, pour chanter l’Algérie, pour chanter l’indépendance, pour chanter la fêtes de l’espoir », souligne Hayet Rahmani. Il était près de minuit, lorsque les lampions, les guirlandes, les animations lumineuses sur la façade de l’Institut français d’Alger lorsque se sont éteints un à un sur cette quatrième « Nuit des idées ».
Les présents quittaient les lieux en traînant le pas, mais leur sourire était rayonnant et leurs yeux pétillaient de mille étoiles.