Le président américain Donald Trump a fini par décider le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 par son prédécesseur Barak Obama après 21 mois de négociations impliquant la communauté internationale.

Hier, dans la «Diplomatic Room», où il annonçait officiellement le retrait des Etats-Unis de l’Accord, Trump a qualifié cet Accord sur le nucléaire iranien de « désastreux » et affirmé avoir la « preuve » que l’Iran a menti. Et d’annoncer dans la foulée le rétablissement de sanctions contre l’Iran.  Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en janvier 2017, le président Trump s’en était fait presque un objet de fixation, dénonçant chaque fois ce qu’il qualifiait d’« horrible accord » d’Obama, alors qu’il était censé, en échange d’une levée progressive des sanctions, s’assurer que Téhéran ne se dote pas de l’arme nucléaire. Une décision qui risque d’ouvrir une période de vives tensions avec ses alliés européens et d’incertitudes quant aux ambitions atomiques de Téhéran. A l’exception des Etats-Unis, tous les signataires de l’Accord – Iran, Chine, Russie, Allemagne, France, Royaume-Uni – ont défendu bec et ongles un Accord jugé pourtant d’« historique », d’autant plus que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait régulièrement certifié le respect par Téhéran des termes du texte censé garantir le caractère non militaire de son programme nucléaire.  Le président américain devrait donc rétablir les sanctions levées en contrepartie de l’engagement pris par l’Iran de ne pas se doter de l’arme nucléaire.  « Il me paraît assez évident » qu’il va rétablir les sanctions, a anticipé  lundi soir à Washington un diplomate européen, pessimiste sur le devenir de l’Accord. A quelques heures de son discours, le locataire de la Maison-Blanche s’en était d’ailleurs  une nouvelle fois pris à l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, principal négociateur de ce texte. « John Kerry ne peut se remettre du fait qu’il a eu sa chance et qu’il l’a laissée passer ! », a-t-il ironisé dans un tweet.
« Reste à l’écart des négociations John, tu fais du mal à ton pays », a-t-il ajouté en référence aux discussions récentes de ce dernier avec plusieurs acteurs du dossier. Le président Trump, rappelons-le,  avait lancé également  un ultimatum aux Européens, leur donnant jusqu’au 12 mai pour « durcir » l’Accord sur plusieurs points avec l’objectif double d’affaiblir un  Iran jugé trop actif sur la scène moyen-orientale, en Syrie et au Yémen en particulier, et de renforcer stratégiquement Israël qui a toujours vendu sans preuves le scénario d’un programme  secret iranien de missiles balistiques. En plus d’Israël qui s’est réjoui le premier hier de la décision de M. Trump ; l’autre favori est l’Arabie saoudite, autre ennemi juré de l’Iran, ainsi que les autres monarchies du Golfe Quid des alliés européens du président Trump ?  Paris, Londres et Berlin, qui ne juraient il y a encore quelques mois que par cet Accord,  sont désormais sur la touche  Le président français Emmanuel Macron, qui affiche son entente avec son homologue américain, lui a proposé le 24 avril de négocier un « nouvel accord » avec l’Iran pour répondre aux inquiétudes américaines. En vain. Désormais, il n’est plus question de révision ou d’amendement de l’Accord de juillet 2015.  Tout est ouvert, en revanche, pour des sanctions économiques plus sévères contre Téhéran où cohabitent des ultraconservateurs autour du guide suprême Ali Khameneï et des dirigeants plus modérés autour du président Hassan Rohani.  Cet équilibre, c’est le rêve des Américains et des Israéliens, risque de s’effondrer et créer de nouvelles tensions dans le pays.
La République islamique, elle, a menacé de quitter à son tour l’Accord, de relancer et même d’accélérer le programme nucléaire, mais a aussi laissé entendre qu’elle pourrait y rester si les Européens pallient l’absence américaine. En tout cas, le président Rohani compte donner une réponse immédiate au président américain. « Si (Trump) parle, le président Rohani lui donnera la réponse de l’Iran dès ce soir » à la télévision d’Etat, a déclaré à l’AFP hier un responsable iranien sous couvert d’anonymat, sans préciser l’heure exacte de l’intervention de M. Rohani.».  Qu’en est-il des autres puissances signataires de l’Accord sur le nucléaire iranien ? Si Paris, Berlin  et Londres feront certainement le dos rond, l’intérêt maintenant est d’observer la réaction de Moscou et  Pékin.