Joe Biden et Donald Trump, c’est du pareil au même, a estimé hier samedi le guide suprême iranien dans un discours ne donnant aucun signe d’inclination à une reprise rapide des négociations sur le nucléaire iranien. «Le gouvernement américain actuel (du président Biden) n’est en rien différent du précédent parce que ce qu’il exige de l’Iran sur la question nucléaire est la même chose que ce que Trump exigeait», a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei selon un extrait vidéo de cette allocution devant les membres du gouvernement.

«Lui (Donald Trump, NDLR) le disait d’une façon et eux (l’équipe Biden) avec des mots différents», a ajouté le numéro un iranien dans cet extrait diffusé sur son site internet. M. Khamenei a tenu ces propos alors qu’Occidentaux, Russes et Chinois attendent depuis fin juin un signe de la volonté de Téhéran de reprendre les discussions entamées à Vienne en avril pour tenter de sauver l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015, torpillé trois ans plus tôt par M. Trump. Son discours survient aussi au lendemain d’une rencontre entre M. Biden et le Premier ministre israélien Naftali Bennett, fervent détracteur, comme son prédécesseur Benjamin Netanyahu, de cet accord. Joe Biden a affirmé à son allié israélien que les Etats-Unis s’engageaient à s’assurer que «l’Iran ne développerait jamais une arme nucléaire». «Nous privilégions la diplomatie (…). Mais si la diplomatie échoue, nous sommes prêts à nous tourner vers d’autres options», a-t-il mis en garde. Téhéran a toujours nié vouloir se doter l’arme atomique.

«Loup cruel» et «renard rusé»
Les propos de M. Biden sont «une menace illégale» et autorisent l’Iran «à une réponse réciproque contre ces +options disponibles+», a tweeté le secrétaire général iranien du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Chamkhani. Selon la transcription d’un extrait de son discours, l’ayatollah Khamenei a estimé d’autre part que, «dans les coulisses de la politique étrangère américaine, il y a un loup cruel qui se transforme parfois en renard rusé». Dirigé par le président Ebrahim Raïssi, un ultraconservateur, le nouvel exécutif iranien est entré en fonction mercredi après avoir obtenu la confiance du Parlement. M. Raïssi a succédé début août au modéré Hassan Rohani, principal architecte, côté iranien, de l’accord de 2015. Conclu à Vienne, cet accord offre à l’Iran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’ONU. Mais il menace de voler en éclats depuis que M. Trump en a sorti unilatéralement les Etats-Unis en mai 2018 avant de rétablir les sanctions américaines contre l’Iran que l’accord avait permis de lever.

«Voisins et Asie»
En riposte, l’Iran a progressivement abandonné à partir de mai 2019 la plupart des limites à ses activités nucléaires prévues par l’accord. M. Biden dit vouloir faire revenir Washington dans le giron de l’accord, et des discussions se sont ouvertes en avril entre Iraniens, Occidentaux, Russes et Chinois à Vienne en vue de permettre cette réintégration. La dernière session s’était achevée le 20 juin, avec des représentants du gouvernement iranien sortant de M. Rohani, deux jours après la présidentielle remportée par M. Raïssi. M. Khamenei, qui à la haute main sur le dossier nucléaire iranien, avait averti en avril que les négociations de Vienne «ne devraient pas traîner en longueur» car cela serait alors «nuisible» aux intérêts de l’Iran. Dans deux messages publiés mercredi, le soir de sa prise de fonction, le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, n’a fait aucune référence à l’accord de 2015, affirmant que les pays «voisins et l’Asie» étaient «la priorité numéro 1» du gouvernement en matière de politique étrangère. En matière de politique intérieure, le guide a déclaré à M. Raïssi et à ses ministres que «la confiance du peuple» était «le plus grand capital» dont dispose un gouvernement. «Malheureusement (elle a) été quelque peu endommagée» et «vous devez la restaurer». Sur fond de ras-le-bol général face à la grave crise économique, sociale et sanitaire qu’endure le pays, l’élection remportée par M. Raïssi en juin a été marquée par une abstention record pour une présidentielle iranienne et l’absence de concurrent susceptible de lui faire de l’ombre. (AFP)