Le départ de l’administration Trump et son remplacement à partir du mercredi 20 janvier par celle du président élu Joe Biden à la Maison Blanche va annoncer le début d’une nouvelle ère dans les relations entre les puissances occidentales et l’Iran en ce qui concerne le dossier ultrasensible du nucléaire. Il n’est cependant pas sûr qu’elle soit plus sereine que celle vécue après la décision du président Trump de faire sortir les Etats-Unis de l’accord de Vienne et de le dénoncer comme un instrument pour Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Il en est pour preuve l’avertissement lancé samedi dernier par Berlin, Londres et Paris à l’Iran. Les Occidentaux veulent revenir à l’accord de 2015 avec des pressions sur l’Iran, mais il n’est pas certain que ce pays se montre sensible à leur dissuasion. Les pourparlers à venir s’annoncent plus compliqués.

Ces trois capitales ont demandé au régime iranien de renoncer à la production d’uranium métal, qui marquerait selon elles une nouvelle violation de ses engagements pris dans l’accord international de 2015. «Nous, les gouvernements de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, sommes profondément préoccupés par l’annonce par l’Iran qu’il se prépare à produire de l’uranium métal», préviennent les trois pays dans un communiqué commun. En réponse, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) a fait savoir samedi soir n’avoir pas, à ce stade, «présenté d’information (…) au sujet du design de l’usine d’uranium métal» à l’AIEA. Selon elle, ce sera fait lorsque «les préparations nécessaires auront été effectuées et dans les délais imposés par la loi». L’OIEA fait référence à la période de cinq mois fixée en décembre par le Parlement iranien pour que Téhéran prépare l’usine, entre autres dispositions liées à son programme nucléaire. L’organisme iranien a également espéré que l’AIEA ne cause pas de nouveaux «malentendus à l’avenir, en s’abstenant de mentionner des détails superflus dans ses rapports». Mercredi, les autorités iraniennes avaient indiqué à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qu’elles avançaient dans la production d’uranium métal pour servir de carburant à un réacteur. Pour rappel, l’accord de 2015 comporte une interdiction de 15 ans sur «la production ou l’acquisition de métaux de plutonium ou d’uranium ou leurs alliages». Il prévoit que l’Iran puisse être autorisé à commencer sa recherche sur la production de combustible à base d’uranium «en petites quantités agréées» au bout de dix ans, mais seulement avec l’autorisation des autres signataires de l’accord. «L’Iran n’a aucune utilisation civile crédible de l’uranium métal», ajoutent Londres, Berlin et Paris. «La production d’uranium métal peut avoir de graves implications militaires», déplorent-ils. «L’Iran s’est engagé pendant quinze ans, dans le cadre de l’Accord nucléaire de Vienne (ANCV), à ne pas produire d’uranium métal ni à mener des activités de recherche et développement dans le domaine de la métallurgie de l’uranium», rappellent ces trois pays signataires de l’accord de 2015. «Nous demandons instamment à l’Iran, dans les termes les plus forts, de cesser cette activité et de reprendre immédiatement ses obligations au titre du Plan d’action global conjoint si l’Iran veut vraiment préserver cet accord», concluent-ils. L’accord de Vienne a été conclu par l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Etats-Unis) plus l’Allemagne.
Retour annoncé des Etats-Unis à l’accord de 2015…
Dans une interview au Journal du dimanche du 17 janvier, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a exprimé ses craintes sur les activités nucléaires de la République islamique, appelant à une réaction immédiate et à un retour des Etats-Unis dans l’accord de 2015 dès l’entrée en fonction de Joe Biden. «L’Iran – je le dis clairement – est en train de se doter de la capacité nucléaire», a estimé M. Le Drian. Il y a également une élection présidentielle en Iran à la mi-juin. Il est donc urgent de dire aux Iraniens que cela suffit et de prendre les dispositions pour que l’Iran et les Etats-Unis reviennent dans l’Accord de Vienne.» «En sortant de cet accord, l’administration Trump a choisi la stratégie qu’il a appelée de la «pression maximale» contre l’Iran. Le résultat, c’est que cette stratégie n’a fait que renforcer le risque et la menace. Il faut donc enrayer cette mécanique», a estimé le chef de la diplomatie française. «Cela ne suffira pas, a-t-il toutefois ajouté. Il faudra des discussions difficiles sur la prolifération balistique et les déstabilisations par l’Iran de ses voisins dans la région. Je suis tenu par le secret sur le calendrier de ce genre de dossier, mais il y a urgence.» Avant sa prise de pouvoir, mercredi prochain, le président élu américain Joe Biden a nommé Wendy Sherman au poste de secrétaire d’Etat adjointe aux affaires étrangères. Mme Sherman, ancienne secrétaire d’Etat adjointe aux affaires politique lors du second mandat de Barack Obama, est connue pour avoir été une des grandes négociatrices de l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran, au poste de numéro deux de la diplomatie américaine. Joe Biden avait déjà annoncé, fin novembre, avoir choisi un autre ancien de l’administration Obama, Antony Blinken, au poste crucial de secrétaire d’Etat aux affaires étrangères. Le président élu a signalé, à plusieurs reprises, son intention, une fois investi, de ramener les Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump est sorti en 2018 tout en rétablissant les sanctions américaines levées en 2015. Avec Antony Blinken, cette équipe aura pour mission de «réparer» la politique étrangère américaine, a indiqué, dans un communiqué, l’équipe de transition de Joe Biden et Kamala Harris, «mais aussi de la réimaginer». Le futur locataire de la Maison Blanche veut ainsi clairement marquer la rupture avec la politique étrangère nationaliste et unilatéraliste de Donald Trump, pour renouer avec une ligne résolument multilatéraliste.