Les trois pays européens cosignataires de l’accord sur le nucléaire iranien, France, Grande-Bretagne et Allemagne, ont déclenché hier mardi le mécanisme de règlement des différends prévu dans le texte afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements, ont annoncé leurs chefs de la diplomatie dans un communiqué commun.

«Ce faisant, nos trois pays ne rejoignent pas la campagne visant à exercer une pression maximale contre l’Iran», ont-ils ajouté, laissant entendre qu’ils ne voulaient pas se joindre à la politique de sanctions des Etats-Unis. Selon la même source, les pays européens ne veulent pas privilégier les sanctions contre l’Iran et cherchent «bien au contraire à sauver l’accord sur le nucléaire». «Nous agissons en toute bonne foi avec l’objectif primordial de préserver l’accord et dans l’espoir sincère de trouver une solution pour sortir de l’impasse par le biais d’un dialogue diplomatique constructif, tout en restant dans son cadre. Nous espérons ramener l’Iran au plein respect de ses engagements au titre du JCPOA», ont souligné Jean-Yves Le Drian, Heiko Maas et Dominic Raab. lIs ont réitéré toutefois leur attachement au texte, rejetant l’appel du président américain Donald Trump à en sortir. «Nous demeurons convaincus que cet accord historique et sa contribution en matière de non-prolifération servent nos intérêts de sécurité communs et renforcent l’ordre international fondé sur des règles», insistent Paris, Londres et Berlin. Le 5 janvier, Téhéran a annoncé la «cinquième et dernière phase» de son plan de réduction de ses engagements nucléaires en riposte à la sortie des Etats-Unis de l’accord en 2018 et au rétablissement de lourdes sanctions américaines qui étranglent l’économie iranienne. L’Iran a affirmé qu’il ne se sentait plus tenu par aucune limite «sur le nombre de ses centrifugeuses» utilisées pour la production de combustible «nucléaire. Hier, mardi, il a mis en garde mardi Berlin, Londres et Paris, contre «les conséquences» de leur décision de déclencher le processus de règlement des différends prévu par l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015. «Bien sûr, si les Européens cherchent à abuser de ce processus, ils doivent également être prêts à en accepter les conséquences, qui leur ont déjà été notifiées», déclare le ministère des Affaires étrangères iranien dans un communiqué.
Boris Johnson dans le sillage de Trump
Pour sa part, le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est dit prêt à remplacer l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien par un nouveau texte voulu par Donald Trump, qualifiant le président américain d’ «excellent négociateur», et semblant contredire la position de sa diplomatie. «Le président Trump est un excellent négociateur (…). Travaillons ensemble pour remplacer (l’accord signé en 2015) et le remplacer par l’accord de Trump», a-t-il déclaré sur la BBC, estimant que cela serait «une bonne façon d’avancer». «Du point de vue américain, c’est un accord imparfait, il expire, et il a été négocié par (l’ancien) président Obama», a estimé M. Johnson. «Si nous abandonnons ce traité, il nous faut un nouveau», a jugé Boris Johnson. «Si nous devons nous en débarrasser, remplaçons-le par l’accord de Trump», a-t-il insisté. Interrogé par l’opposition à la Chambre des communes, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab s’est efforcé d’éclaircir la position britannique en affirmant que Boris Johnson soutient «pleinement» l’accord sur le nucléaire iranien tout en étant ouvert à un accord plus large. «Ce n’est pas seulement le président Trump, mais aussi» le président français Emmanuel Macron qui «ont plaidé pour un accord plus large avec l’Iran», a-t-il souligné. «Nous pensons, le Premier ministre et la totalité du gouvernement que l’accord» actuel est «le meilleur accord possible pour limiter les ambitions nucléaires de l’Iran et nous voulons que l’Iran s’y conforme de nouveau entièrement», a déclaré le chef de la diplomatie britannique. Mais «comme nous en avons discuté l’année dernière à Biarritz» lors du G7, «le Premier ministre, les Etats-Unis et nos partenaires européens sont entièrement ouverts à une initiative plus large, qui répondrait non-seulement aux préoccupations sur le nucléaire mais aussi aux inquiétudes plus larges sur les activités de déstabilisation que nous avons vues récemment» de la part de Téhéran. Outre les trois pays européens, la Russie et la Chine sont aussi parties à l’accord.n