A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, aujourd’hui 25 novembre, les Nations unies lancent sur les réseaux sociaux une nouvelle campagne de sensibilisation. Cette opération va durer seize jours et aura pour signe distinctif le mot-dièse #HearMeToo (#EcoutezMoiAussi).

Ses initiateurs se sont inspirés du mouvement MeToo, salué lundi dernier par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres dans son allocution à New York de dénonciations des violences sexistes, et ils la mèneront partout dans le monde jusqu’au 10 décembre prochain selon le principe de « seize journées d’action ».
L’objectif est de sensibiliser les opinions internationales et de les mobiliser contre un phénomène qui touche toute les sociétés et constitue une violation des droits humains fondamentaux sans compter ses conséquences sur les personnes, les familles et le corps social. Il a, donc, tout pour réjouir et rassurer, mais des questions restent tout de même posées et concernent les sociétés, comme la nôtre, où ce genre de campagne ne paraît pas garanti de succès. Et peut ne pas toucher les catégories qu’on voudrait cibler même si les phénomènes de violence se moquent souvent des classifications et des catégorisations sociales, culturelles et économiques.
Il n’empêche ! L’idée de HearMeToo est lancée selon le mouvement MeToo dont il s’inspire beaucoup. Or, ce courant a été surtout porté par des célébrités qui ont un pouvoir d’image et de parole, le contraire de ces femmes anonymes qui ont peur de dire qu’elles ont peur ou qu’elles sont battues ou harcelées.
Il ne s’agit pas de faire ici un procès aux Nations unies qui déploient un effort louable depuis l’adoption en 1994 de la résolution dite « Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes » avant de choisir la date du 25 novembre comme Journée mondiale de ralliement pour la lutte contre les violences à l’égard des femmes. En souvenir, rappelons-nous de l’assassinat, le 25 novembre 1960, des trois sœurs Mirabal, militantes politiques victimes des sbires du dictateur Rafael Trujillo, en République Dominicaine. Il s’agit de rappeler plutôt qu’en dépit de toutes les initiatives louables pensées et lancées à partir de New York, comme celle de « Tous Unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes » initiée en 2008 par l’ex-secrétaire général Ban Ki-moon, rien ne remplace l’engagement des Etats et des gouvernements pour faire barrage aux crimes et aux délits dont sont victimes les femmes dans leurs pays respectifs. Rien ne peut se substituer aux politiques nationales de valorisation et de défense de l’égalité homme/femme. Sur ce plan, l’Algérie a réalisé un parcours juridique honorable qui demeure cependant encore hypothéqué par les pesanteurs culturelles, le plus souvent emprunté hypocritement au religieux, alors que ce dernier n’est en rien responsable ni ne permet que l’on porte atteinte à l’intégrité physique et morale d’autrui. Notre pays s’est doté récemment d’une loi qui condamne et réprime les auteurs des violences contre les femmes. Il n’en demeure pas moins que sur ce front beaucoup reste à faire en raison des « réticences » et des « aspérités » culturelles et sociales qui ne peuvent être aplanies qu’avec le concours de l’éducation au sens général et au sens de l’école et avec l’aide d’associations crédibles et capables d’être réellement sur le terrain. Or, il n’est pas sûr que toutes ces parties soient aujourd’hui totalement au rendez-vous. Pour déclencher le novembre des femmes !