Le pouvoir politique a annoncé, hier, par la voix du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, la «nouvelle approche rationnelle» du dialogue dans laquelle n’émergent pas des concessions politiques significatives de nature à créer les meilleures conditions pour l’organisation de l’élection présidentielle dont il avait dû reporter le rendez-vous initialement prévu pour le 4 juillet.
La nouveauté réside dans le fait que ce processus de dialogue «inclusif» sera confié à un
panel de personnalités indépendantes et sans appartenance politique. Elle réside également dans le fait que l’Etat, y compris l’institution militaire, ne sera partie prenante de ce processus auquel tient le chef de l’Etat.
«Le processus de dialogue qui sera lancé incessamment sera conduit et mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale», a révélé le chef de l’Etat.
Ce dernier ajoutera, s’agissant toujours du profil de ces personnalités, qu’elles seront celles qui «émergent du fait de leur autorité morale ou de leur légitimité historique, politique ou socioprofessionnelle, les rendant éligibles à l’accomplissement de cette noble mission et qui seraient de nature à les aider à conduire et à faciliter ce dialogue».
Il précisera au sujet du rôle de l’Etat et de celui de l’ANP dans ce processus qu’ils ne seront pas parties dans le dialogue.
«A cet égard et afin d’éviter toute interprétation et de dissiper tout malentendu, l’Etat dans toute ses composantes, y compris l’Institution militaire, ne sera pas partie prenante à ce dialogue et observera la plus stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus», a-t-il annoncé.
«L’Etat se contentera de mettre tous les moyens matériels et logistiques à la disposition du Panel de personnalités, qui décidera lui-même des modalités de son fonctionnement»,
a-t-il relevé.
Le chef de l’Etat dira, à ce propos, que c’est sous la conduite de ce panel que les participants au dialogue «auront la liberté de discuter et de débattre des conditions à réunir pour garantir la crédibilité du scrutin et aborder l’ensemble des aspects législatif, réglementaire et organisationnel de cette élection, y compris le déroulement du calendrier électoral, ainsi que les mécanismes de son contrôle et de sa supervision». Pour M. Bensalah, «ce dialogue, qui devra nécessairement se concentrer sur l’unique objectif stratégique que constitue l’organisation de l’élection, élection qui devrait se tenir à une date la plus rapprochée possible, se déroulera de toute évidence dans le cadre de la Constitution qui impose la préservation de l’Etat, le respect des Institutions et la prévalence de l’intérêt supérieur de la Nation».
Il a évoqué, dans l’optique de l’élection présidentielle, «l’organe ou l’autorité électorale indépendante à mettre en place, qui aura pour mandat d’organiser et de contrôler le processus électoral dans toutes ses étapes, sera au centre des discussions».
Il s’agira, a-t-il noté, de «débattre et d’arrêter la configuration de cette entité et de fixer ses missions et attributions, son mode d’organisation et de fonctionnement ainsi que sa composante, y compris, éventuellement, les personnalités consensuelles devant la diriger».
Toujours à propos du scrutin, il a indiqué que la mise en place de cet organe «nécessitera l’adoption d’une loi spécifique, ainsi que l’adaptation, en conséquence, du dispositif législatif et réglementaire, notamment la loi électorale, qu’il conviendra de réviser pour y introduire toutes les garanties…»,
A l’évidence, le pouvoir politique qui évoque «une nouvelle approche rationnelle» n’avoue pas moins l’échec de ce qu’il avait entrepris auparavant comme processus de dialogue qui n’avait pas, faut-il le souligner, suscité l’adhésion de la classe politique y compris parmi les formations proches du pouvoir.
Il semble visiblement se rendre compte que la crise politique et institutionnelle que traverse le pays ne saurait être résolue à travers un dialogue auquel ne prennent pas part ni les partis politiques ni les représentants de la société
civile.
Par contre le discours de Bensalah n’a pas contenu des mesures d’apaisement tant réclamées et attendues par la classe politique.
«Les déclarations du régime inhérentes à l’accompagnement du mouvement populaire» et les «appels au dialogue» lancés par le régime en place sont contredites de manière flagrante par ses mesures belliqueuses contre tous les acteurs qui s’opposent au plan de sauvetage du régime/système qui veut imposer une élection présidentielle», ont souligné, à titre d’exemple, les forces de l’alternative démocratique.
La même coalition considère que l’organisation d’une élection présidentielle dans le cadre du système actuel ne servira qu’à assurer sa pérennité, et de ce fait toute initiative dite «de sortie de crise» n’est possible sans des mesures d’apaisement.