Le président de la République, dans un discours à la Nation, hier soir, a décidé de l’«interdiction temporaire» des marches et des rassemblements, une mesure parmi les douze anciennes et nouvelles autres qu’il a annoncées comme la fermeture des frontières terrestres. Et qu’il a déclaré prendre cette mesure avec regret, mais obligation, de «restreindre les libertés publiques»
au nom de la «sécurité nationale» et pour préserver la santé des Algériens face à la menace du nouveau coronavirus.

Le Président de la République a décidé, hier, de l’interdiction des marches et des rassemblements de masse dans les lieux publics. Dans un discours très attendu, diffusé hier par les chaînes de télévision, Abdelmadjid Tebboune a justifié cette décision exceptionnelle au nom de l’«intérêt général» des Algériens et de la «sécurité nationale». Il a surtout présenté cette mesure comme un choix, voire comme une obligation, certes «restrictive des libertés», a-t-il admis sans doute en direction du Hirak, mais nécessaire pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus et consolider le dispositif de prévention et de lutte mis en place par le gouvernement pour faire face à la pandémie mondiale et ses conséquences sur l’Algérie.
Le Président Abdelmadjid Tabboune a exclu pour l’instant toute idée de confinement, considérant que la «situation est maîtrisée et sous contrôle» ; notamment en raison des actions d’anticipation entreprises par les autorités sanitaires du pays depuis l’apparition du Covid-19 « en Asie», a-t-il dit sans désigner la Chine expressément. Dans ce qui a semblé être une réponse aux détracteurs de l’action du gouvernement face à la crise sanitaire provoquée par le nouveau coronavirus, le chef de l’Etat a affirmé que les autorités algériennes ont pris tôt l’initiative de mettre en place le dispositif qui a permis à l’Algérie d’amortir le choc sanitaire que d’autres pays ont subi avec davantage de gravité et de nombre de victimes et de cas de contamination.
«Depuis le 19 février, dernier, a indiqué le Président de la République, des mesures ont été prises» pour prévenir le phénomène et limiter au mieux les risques de propagation». Il a également rappelé que l’Algérie a été parmi les premiers pays à décider du rapatriement de ses ressortissants qui se trouvaient dans la province chinoise de Wuhan. Ce rappel lui a servi pour déployer un argumentaire selon lequel aucun effort n’a été épargné par l’Etat et le gouvernement – à tous ses niveaux de prérogatives et de compétences – pour «protéger la santé des Algériens» et leur permettre de surmonter le contexte sanitaire exceptionnel imposé par l’apparition du Covid-19 dans notre pays.

Un avertissement aux spéculateurs et aux «propagateurs» des «fake news»
«La situation est sous contrôle», a souligné le Président de la République en rendant hommage à toutes les institutions et services de l’Etat, y compris ceux de la sécurité et de la Défense, engagés dans le dispositif de lutte et de prévention mis en place. L’occasion, pour lui, d’annoncer parmi les douze mesures qu’il a prises la fermeture temporaire des frontières terrestres en «coordination» avec les pays du voisinage, «l’interdiction d’exporter vers l’étranger tous produits considérés comme stratégiques» et dont le pays aurait besoin en pareille situation de crise sanitaire. De promettre également une réponse adéquate de l’Etat aux «spéculateurs» qui chercheraient le gain rapide et abusif par une pratique frauduleuse des prix sur les produits de large de consommation. Comme il a exhorté les Algériens à ne pas céder à la panique et d’éviter la ruée sur les produits de large consommation, rassurant qu’il n’y a pas de pénurie. Il a également averti les «propagateurs» des fakenews et des informations erronées dans le but de manipuler l’opinion nationale et de susciter une tension supplémentaire à celle que connait actuellement le pays sous l’effet de la panique provoquée par la crainte d’une propagation à grande échelle du Covid-19.
Le chef de l’Etat a également déclaré que les médias, ainsi que les autorités et les personnalités religieuses seront sollicités au bénéfice de la sensibilisation des Algériens et à la nécessité de faire face à la situation avec intelligence et dans la sérénité. Non sans appeler ses compatriotes à contribuer eux-mêmes et par leur sens de la responsabilité et du civisme à l’effort national contre le risque de propagation du coronavirus. Et de rappeler, dans ce sillage, les mesures déjà prises de fermer les écoles, les universités et de suspendre temporairement les prières collectives dans les mosquées et les lieux de culte ainsi que d’instaurer des restrictions aux marchés. Au volet des garanties, le Président de la République a affirmé que tous les moyens d’appui nécessaires aux hôpitaux et aux structures de santé chargés de la lutte et de la prévention de la maladie sont mobilisés avec l’option retenue de les renforcer.
M. Tebboune a précisé à ce sujet qu’en l’état actuel 1.550.000 masques tous types confondus sont disponibles, alors 54 millions sont en attente d’importation. Il a ajouté que 6000 kits de dépistage sont disponibles, alors 15 000 autres seront bientôt acquis. 5000 appareils d’assistance respiratoire ainsi que 2500 lits de réanimation sont disponibles et sont susceptibles de passer à 6000 au cas où la situation actuelle évolue du stade 2 au stade 3 en ce qui concerne la propagation du Covid-19. Nous y reviendrons.