Un packaging de mesures fiscales et administratives est prévu dès 2018 pour encadrer les importations en remplacement du dispositif des licences qui semblent avoir provoqué plutôt un effet retour de manivelle. Le ministre du Commerce a défendu mardi un choix judicieux celui de mettre fin aux licences d’importation au bénéfice de nouvelles dispositions fiscales et administratives.

Cette décision marque la fin d’une longue épreuve ; de longs mois qui se sont soldés par une économie de moins d’un milliard pour un objectif initial de 10 à 15 milliards de dollars. De quoi amortir un tant soit peu l’impact du choc externe sur une balance des paiements déficitaire de 11 milliards de dollar à l’issue du 1er semestre 2017. Pour le ministre du Commerce comme pour nombre d’économistes, il a fallu à un moment se remettre en cause et repenser le dispositif d’encadrement des importations jusqu’ici en vigueur. Sur le front de la lutte contre les déficits commerciaux et de la balance des paiements, le gouvernement veut aborder 2018 avec plus d’efficacité. Mardi, par la voix de son ministre du Commerce, le gouvernement a revu – une nouvelle fois – à la hausse les prévisions d’économies aux travers des nouvelles mesures de lutte contre une facture d’importation qui évolue en roue libre. Selon les prévisions de l’Exécutif, remises au goût du jour à la faveur de la mise en application des nouvelles mesures de lutte contre les importations superflues, la facture des achats de l’Algérie depuis l’extérieur devrait atteindre les 45 milliards de dollars à la fin de l’actuel exercice, contre 46,7 milliards de dollars à fin 2016, tandis que pour l’année 2018, la facture d’importation devrait baisser à 30 milliards de dollars. La prévision, qui date déjà de l’ère Sellal, citée dans un discours à l’occasion d’une tripartite tenue à Annaba, a été ainsi reconduite en raison de la faible moisson et de «l’inefficacité» du dispositif des licences. Avec son nouveau dispositif d’encadrement des importations, bâti essentiellement sur trois piliers, à savoir une fiscalité répressive contenue dans la loi de finances 2018, une interdiction provisoire à l’importation de 900 produits et la décision de fixer un quota annuel d’importations de véhicule si nécessité il y a, le gouvernement Ouyahia se démarque totalement de ses prédécesseurs.

Prix du pétrole, une des inconnues de 2018
Les produits et biens fabriqués localement et/ou déclarés inessentiels sont connus d’avance et la moisson en économies est préalablement calculée. A cela s’ajoutent d’autres mesures fiscales et administratives, dont le gain est, dit-on, double ; il s’agit à la fois d’une plus-value pour le trésor et des économies en devises pour le pays. Dit autrement, le gouvernement Ouyahia part sur des cibles calculées d’avance, tant au niveau des produits qui font objet d’une interdiction d’importation provisoire qu’au niveau des économies à réaliser sur l’exercice 2018. Si ce scénario se réalise, même partiellement à la mi-année, l’objectif d’absorption du déficit de la balance des paiements sera en partie acquis. Mais cette prévision tient compte non seulement de l’efficacité du dispositif de lutte contre la dérive de la facture d’importation, voire de la discipline du gouvernement, mais aussi de l’évolution des cours du brut sur le marché mondial. Autrement dit, l’objectif d’économies que se fixe le gouvernement est réalisable à la condition aussi que les prix du pétrole se maintiennent au-dessus de 60 dollars le baril. Car, si les prix venaient à subir une nouvelle rechute, les déficits de la balance des paiements pourraient se creuser et renvoyer ainsi sine die les objectifs d’économies fixés par le gouvernement pour le prochain exercice. C’est l’une des inconnues de 2018 qui restent néanmoins un élément-clé qui contribuera à la réussite du mécanisme mis en place par l’Exécutif pour redresser les comptes du pays avec l’extérieur. Quoi qu’il en soit, un ajustement budgétaire est nécessaire, voire vital pour pouvoir ramener les déficits à des niveaux soutenables. Car, plus les niveaux des déficits extérieurs sont importants plus la fonte des réserves de change s’accélère, exposant ainsi le pays à des conséquences pour le moins dramatiques, étant donné que le niveau de ses placements à l’extérieur reste le seul indicateur de bonne solvabilité. Entre les lignes, le ministre du Commerce a reconnu hier que le dispositif des licences a fait perdre au pays du temps et de l’argent et qu’il était déjà temps de passer aux choses sérieuses.