Par Hamid Bellagha
Identifiée, il y a une semaine, en Afrique du Sud, l’Omicron fait déjà la une. On n’en sait pas encore grand-chose, mais son identification a suffi pour semer la panique dans toutes les sphères des finances et de l’économie. Déjà victime violente de la pandémie, l’économie mondiale est devenue soudainement fiévreuse, elle, qui montrait des signes évidents de convalescence, après avoir été infectée puis, vraisemblablement, «guérie» de la Covid-19. Mais l’affolement généralisé suite à l’apparition d’une nouvelle souche, une autre lettre de l’alphabet grec, a fait que le variant Omicron s’accompagne de mesures de limitation, de démarcation, notamment dans le secteur du transport aérien, déjà ankylosé par plus d’une année de quasi paralysie. La gravité du choc économique découlera de la dangerosité avérée de ce nouveau variant, de la couverture vaccinale de la population mondiale et aussi de la ténacité d’Omicron aux vaccins disponibles.
Néanmoins, et même avec les chiffres des scénarios les plus convenables, les économistes s’accordent déjà sur de nouvelles prévisions 2022 toutes revues à la baisse.
Le Fonds monétaire international (FMI) affirme depuis des mois que la Covid reste le péril primordial pour l’économie mondiale et incite à accélérer la vaccination. Ambitieux, il escomptait en octobre, une croissance de 4,9% pour l’an prochain. Mais…
Des économistes qui voient le verre à moitié plein, comme Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics, prévoit un impact économique «modeste» de l’ordre de 0,25 % sur la croissance mondiale 2022 avec comme condition qu’Omicron provoque «des symptômes relativement modérés» et que les vaccins soient «efficaces».
Pour les adeptes du verre à moitié vide, la croissance 2022 pourrait être diminuée de moitié, chutant à 2,3% contre 4,5% avant l’apparition de ce variant. Mais, subséquemment, des mesures consacrées par les gouvernements pour limiter la propagation d’Omicron, la peur d’être «intoxiquée» pourrait conduire la population à se prescrire elle-même des restrictions sur les voyages et autres gâteries du passé, diminuant la consommation et donc la croissance, estime-t-on, en plus de l’exacerbation des difficultés sur les chaînes de subsistance mondiale et des pressions inflationnistes.
Un tout extrêmement lié car «une grande partie du fret aérien transite par les vols transportant les passagers», rappelle Erik Lundh, et «s’il y a des annulations de vols, une interruption de la demande de vols commerciaux pour les passagers, cela risque de limiter (…) le fret aérien».
Une infection élargie par Omicron «pourrait amener certains travailleurs à quitter temporairement le marché du travail et dissuader d’autres d’y revenir, aggravant les pénuries de main-d’œuvre actuelles», a commenté Neil Shearing, chef économiste de Capital Economics.
De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain Joe Biden a pourtant estimé, lundi, qu’il n’y avait «pas de raison de paniquer», même si les Etats-Unis sont en «état d’alerte avancée».
Du côté des Big Pharma, on se frotte déjà les mains, car des fabricants de vaccins, comme AstraZeneca, Pfizer/BioNTech, Moderna et Novavax se sont dits assurés dans leur aptitude à combattre ce variant, c’est-à-dire proposer d’autres vaccins qui engendreront d’autres profits colossaux, même si, pour le moment, on est encore loin d’un tel scénario.
«Nous saurons l’essentiel de ce qu’il y a à savoir (sur Omicron) d’ici quelques semaines», a assuré, lundi, le PDG de Pfizer, Albert Bourla, sur la chaîne américaine CNBC.
Du côté des finances, la tâche des banques centrales pourrait «reporter leurs plans d’augmentation des taux d’intérêt jusqu’à ce que la situation soit plus claire», avance Neil Shearing.
En attendant, «l’incertitude est dommageable», note Gregory Daco. «Chaque fois que l’on revient dans un climat d’incertitude et de peur, cela ralentit le rétablissement de l’économie mondiale».
Lundi, le président de la Fed Jerome Powell a, lui-même, averti : Omicron est une menace pour l’économie américaine, un des moteurs avec la Chine et l’Europe du dynamisme mondial.
En tout cas, on en saura plus la semaine prochaine et tous les acteurs de l’économie mondiale touchent du bois pour que Omicron reste une simple lettre de l’alphabet grec. n