Une nouvelle variante du coronavirus a été découverte au Royaume-Uni, incitant le gouvernement britannique à reconfiner Londres et le Sud-Est de l’Angleterre. Selon le ministre de la Santé Matt Hancok, cette nouvelle variante est «hors de contrôle» à cause de la rapidité de sa propagation.
Suite à cette annonce, plusieurs pays européens ont décidé de suspendre la circulation des voyageurs avec le Royaume –Uni, à l’instar des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Italie, tandis que l’Allemagne et la France suivent la situation de très près et l’Espagne a demandé une coordination européenne face au risque de propagation de cette nouvelle variante de la Covid-19.
En Algérie, pour le moment, les différents experts de santé estiment qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la propagation de cette nouvelle variante sur le territoire national ni sur son impact sur l’efficacité du vaccin anti-Covid.
Dr Bekkat-Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de l’épidémie de Covid-19, nous a déclaré, hier, que «pour le moment, il n’y a pas de raisons de s’inquiéter en Algérie, tant qu’il n’y a pas de vol Alger-Londres, il n’y a pas de risque de circulation de cette nouvelle variante en Algérie». Ajoutant que «sur le plan scientifique, les Britanniques n’ont pas encore documenté ces nouvelles données». Il tient à souligner que le plus important en ce moment, c’est de maintenir la vigilance dans le respect des gestes barrières et des mesures préventives contre la contamination au coronavirus.
Pour sa part, Dr Mohamed Yousfi, chef de du service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik et président du Syndicat des praticiens spécialisés de la santé publique (SPSSP), souligne que «pour l’instant, ce que l’on a comme informations ce sont les déclarations des Britanniques qui disent que cette nouvelle variante a une transmissibilité plus élevée et se propage plus vite. Mais, il n’est pas démontré qu’elle soit plus virulente et il n’y a aucune publication scientifique pour étayer ces déclarations».
Dr Mohamed Yousfi explique : «Ce que l’on sait de ce virus c’est que ces mutations prennent des formes légères qui n’ont pas beaucoup d’impacts pathogènes. Mais pour être sûr de cela, concernant la variante britannique, il faut attendre la publication des données scientifiques.»
Il ajoute à propos de l’impact de cette mutation sur le vaccin anti-Covid que, selon le principe même de l’élaboration de ce vaccin, la mutation ne pourrait pas influencer son efficacité. Toutefois, il faudrait attendre là aussi les données scientifiques de cette nouvelle variante pour être formel.
Concernant les risques de propagation de cette nouvelle variante en Algérie, le Dr Mohamed Yousfi rassure en estimant qu’il n’y a pas vraiment de risques «puisque les frontières sont fermées avec le Royaume-Unis et que le virus ne peut pas circuler vers notre pays».
En attendant, suite à l’alerte lancée par le gouvernement britannique, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle ses membres en Europe à «renforcer leurs contrôles» du fait de la nouvelle variante du coronavirus circulant au Royaume-Uni. D’autant plus que d’autres cas ont été signalés au Danemark, aux Pays-Bas et en Australie selon l’OMS, qui recommande à ses membres «d’accroître leurs (capacités de) séquençage» du virus avant d’en savoir plus sur les risques posés par la variante.
Dr Youcef Boudjellal, microbiologiste et secrétaire général du Syndicat national des biologistes de la santé publique (SNBSP), souligne à propos de la question de séquençage qu’«on ne peut pas parler de nouvelles souches tant qu’il n’y a pas eu de séquençage complet du génome du virus britannique».
Il explique qu’en ce moment, il y a deux hypothèses qui circulent, soit c’est la souche mère du virus Wuhan qui a réapparu, soit il y a eu une mutation du virus. «Ce n’est pas la première fois qu’il y a eu une mutation de la Covid-19. Au mois de juin passé, une étude canadienne et américaine a démontré qu’il y a eu 107 mutations déclarées par rapport à la souche mère de Wuhan», précise-t-il.
Cette étude a également démontré que ces mutations n’avaient pas eu beaucoup d’effets sur le comportement ou la structure virale du virus. Dr Youcef Boudjellal souligne que les mutations de virus sont souvent dues soit à des changements climatiques, tels que la période de grand froid actuelle, soit à d’autres facteurs tels que le type de population ou le changement de régime alimentaire. Il ajoute qu’il y a plusieurs types de mutation, dont une mutation silencieuse qui ne change pas la physiopathologie du virus.
Il estime, qu’actuellement, depuis le séquençage qui a été fait au mois de février dernier qui a déterminé que le virus circulant en Algérie était une variante française, il n’y a pas eu de nouvelles études sur les mutations du virus en Algérie, mais des projets sont en cours.
Il affirme également que l’efficacité des vaccins dans le cas de mutation du virus, est prise en considération dans le génome du vaccin, ajoutant toutefois qu’il y a toujours un risque minime que le vaccin ne puisse pas faire d’effet en cas de mutation structurale des protéines virales ou fonctionnelles. n