Les fortes pluies et les baisses de températures enregistrées, ces dernières semaines, sur les régions ouest et sud-ouest du pays laissent penser que le climat est en train de changer progressivement. Le retour aux bilans pluviométriques excédentaires sur toutes les localités situées entre les côtes de l’Ouest et le nord du Sahara, Béchar, Naâma, El Bayadh, Mecheria et Aflou, en passant par Tiaret, Saïda, Sidi Bel-Abbès et Mascara, relance le débat sur les conséquences des changements climatiques sur notre pays.

Contacté par nos soins, le spécialiste en questions climatiques, Bouzid Saâdi, évoque même une mise en place d’un nouveau régime de précipitation à la fois en quantité et en timing. « Les régions de Béchar, Naâma, El Bayadh, Aflou, Tiaret, Tlemcen et toute la partie ouest du pays, ont été marquées par des précipitations très excédentaires dépassant largement les moyennes saisonnières. Même la neige a fait son apparition plusieurs fois durant cette année, notamment du côté de Naâma, Aïn Sefra où des dunes de sables étaient décorées de cette poudreuse blanche, qui ont un grand écho dans les milieux scientifiques et médiatiques », a-t-il affirmé. Ces précipitations ont permis aux barrages de se remplir, selon lui, à des niveaux atteignant parfois les 100%. Ainsi, on ne parle plus de sécheresse dans les wilayas touchées de plein fouet par ce phénomène au cours des années 1990. La décennie 2000 est meilleure en précipitations par rapport à celle de 1990, et celle en cours s’annonce plus prometteuse par rapport à celle des années 2000. Interrogé sur les raisons de ce changement, il dira d’emblée que la quasi-totalité des rapports sur le changement climatique, élaborés par les experts et les institutions spécialisées, n’avait jamais annoncé ce qui est en train de se produire actuellement à l’ouest de l’Algérie. « La plupart des scientifiques parlait plutôt de l’accentuation de la sécheresse et des hausses constantes de températures ainsi que l’avancée du désert vers la mer. Le temps commence à prouver le contraire de ces projections», a-t-il constaté. Toutefois, une poignée de scientifiques, dit-il, continue de parler d’un changement positif notamment pour des pays comme le Maroc et l’Algérie. « Le niveau global des précipitations ne cesse d’augmenter sur le nord du Sahara jusqu’aux côtes ouest du pays. C’est une bonne nouvelle notamment pour les agriculteurs », a-t-il affirmé. Expliquant scientifiquement ce changement, il dira que le recul vers l’Atlantique de l’anticyclone des Açores a laissé le passage libre aux dépressions de se glisser vers le sud de l’Espagne, ce qui provoque des instabilités en contact avec les eaux plus chaudes. Il ajoute à cela
« l’effet local du changement climatique, notamment pour le décalage de la période des pluies vers la fin du printemps et leur diminution durant la saison d’automne ». Ce phénomène s’explique aussi par le ralentissement du courant marin Gulf Stream avec, comme conséquence, plus de réserve d’air froid en Atlantique nord donc automatiquement hiver plus rude et plus tardif sur nos régions. Des scientifiques britanniques commencent à s’intéresser à ce phénomène qui pourrait bouleverser le climat nord-africain au cours des prochaines décennies. Un changement qui apporterait beaucoup de pluies et de neige notamment sur les Hauts-Plateaux ouest et le nord du Sahara. Si cela se confirme, les wilayas comme Béchar, Naâma, El Bayadh, le nord d’Adrar pourraient devenir des régions semi-arides. En outre, il note l’arrivée de vagues de froid fréquentes, d’origine sibérienne, sur l’Afrique du Nord. Ces vagues apporteraient de la neige et du froid durant l’hiver.