A contexte endémique, de nouvelles mesures d’exception ! Que vient de prendre le chef de l’Etat, jeudi, en faisant monter d’un cran le dispositif de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus. Une thérapie de choc que les Algériens, dans leur majorité, approuvent.

Mais, depuis jeudi, ce sont des mesures autrement «exceptionnelles» imposées par le contexte endémique qui ont été prises à l’issue d’une réunion complémentaire à la séance de travail qu’il avait déjà présidée au milieu de la semaine passée en présence du Premier ministre et de chefs d’organes de sécurité. Les mesures décidées par les autorités auront sans doute un impact sur le mouvement quotidien des personnes et la vie du pays de manière générale. Bien que ces mesures ne seront effectives qu’à partir de dimanche, force est de constater que le pays a observé depuis jeudi un rythme inhabituel où les espaces publics et autres grandes artères des villes ressemblent à des lieux fantômes. Une sorte de confinement qui ne dit pas son nom. Mais qui prendra vraisemblablement toute sa signification une fois appliquées les mesures présidentielles.
Il s’agit, en effet, de «la suspension de tous les moyens de transport en commun publics et privés à l’intérieur des villes et inter-wilayas ainsi que le trafic ferroviaire, la démobilisation de 50% des employés et le maintien des employés des services vitaux nécessaires, avec maintien des salaires et la démobilisation des femmes travailleuses ayant des enfants en bas âges». Il a été, dans ce sens, souligné via la communication officielle, que «les catégories concernées par la démobilisation seront définies, dans les deux cas, via un décret exécutif qui sera promulgué par le Premier ministre».
La réunion en question a annoncé également la «fermeture temporaire» des cafés et restaurants dans les grandes villes. La même séance s’est penchée par ailleurs sur la préoccupation liée à l’approvisionnement des espaces commerciaux en produits alimentaires et surtout la régulation des prix qui ont connu ces dernières 72 heures une hausse considérable.
C’est dans la finalité de remédier à ce dérèglement qu’a été prise la décision de «réguler le marché pour lutter contre les pénuries en assurant la disponibilité de tous les produits alimentaires de première nécessité». Pour cela, le chef de l’Etat a décidé de charger le ministère de l’Intérieur de «guetter», en coordination avec les ministères du Commerce et de l’Agriculture, «les spéculateurs et de prendre les mesures nécessaires à leur encontre, dont la mise sous scellés de leurs entrepôts et locaux et leur signalement à travers les médias avant de les déférer devant la justice».
Pour sa part, la commission de vigilance et de suivi installée au niveau du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a été dotée «d’un comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus».
Composé d’éminents médecins spécialistes à travers tout le territoire national sous la supervision du ministre de la Santé, sa tâche consistera à «suivre l’évolution de la pandémie et à en informer l’opinion publique quotidiennement et de manière régulière». Le ministère des Finances a été chargé, quant à lui, de «faciliter les mesures de dédouanement des produits alimentaires importés et d’accélérer les procédures bancaires y afférentes en fonction de la situation exceptionnelle que traverse le pays».

Lutte contre la désinformation
Le premier magistrat du pays a fait par ailleurs de la lutte contre la désinformation dans ce contexte une des priorités. Il a en effet instruit les départements ministériels concernés à l’effet de «lutter quotidiennement contre les campagnes de désinformation par la diffusion de données scientifiques de manière intégrale sur l’évolution de la propagation de la pandémie». Le chef de l’Etat a recommandé, dans ce sens, d’associer des spécialistes et des experts dans l’opération de sensibilisation afin de rassurer les citoyens et de les inciter à respecter les mesures de prévention.
M. Tebboune a fustigé à cette occasion ce qu’il a qualifié de «voix défaitistes qui s’élèvent çà et là pour propager, avec une insistance étrange, des fake-news tendancieuses et de fausses informations dont les auteurs sont à la solde de clans haineux». Le président a mis en garde, dans ce registre, «tout dépassement sous le couvert de la liberté d’expression».
Il a réitéré aussi son appel à «ne pas s’adonner à la panique et à la peur», rassurant que «la situation est sous contrôle sur les plans financier et humain, grâce à la mobilisation de tous les secteurs de l’Etat, mais aussi à l’état d’alerte décrété au niveau des établissements hospitaliers et des frontières aériennes, terrestres et maritimes».
Exprimant sa «satisfaction» quant à «la prise de conscience croissante» des citoyens sur la gravité de la situation en faisant preuve de vigilance et de prudence», le Président a appelé à «davantage de discipline et de respect des mesures de prévention, unique antidote jusque-là à travers le monde».
Recours aux moyens
de l’ANP au cas où …
S’agissant des moyens de lutte contre l’avancée de la pandémie, le chef de l’Etat s’est montré rassurant même dans le cas d’une évolution «négative» de la situation. «La situation est maîtrisée et les capacités du pays, même si le stade 3 venait à être atteint, seraient renforcées par le recours aux moyens de l’ANP, capable d’apporter son aide à travers des hôpitaux de campagne et des capacités humaines telles que les médecins, spécialistes, corps paramédical et ambulances», a-t-il relevé.
«Nous verrons plus clair avant le 10 avril, une fois terminée la période de mise en quarantaine des derniers voyageurs algériens bloqués dans certains aéroports internationaux, lesquels seront rapatriés incessamment», a-t-il indiqué. Appelant par la même occasion, les Algériens à «limiter leurs déplacements, même au sein de leurs quartiers, pour éviter la propagation de la pandémie», il a ordonné les services de sécurité «à faire preuve de rigueur et de fermeté envers tout rassemblement ou marche attentant à la sécurité des citoyens». n