Des partis de l’opposition s’en sont pris hier à la politique sociale du gouvernement. Deux d’entre eux, le FFS et le Parti des Travailleurs (PT), lui reprochent soit une « opacité » dans la gestion des affaires sociales soit une « austérité »

lourde à supporter par les Algériens, les retraités et les primo demandeurs d’emploi entre autres. La critique que ces deux formations lui adressent à la veille du vote prévu aujourd’hui du projet de loi de finances 2019 n’est pas nouvelle. Elle est récurrente et correspond, pour ceux qui suivent l’actualité, à leur positionnement respectif sur l’échiquier politique national et à l’appréciation qu’elles ont, chacune selon son programme, de l’action de l’Exécutif en général et de ses déclinaisons socioéconomiques en particulier. Leur reproche fait également écho à un débat aussi ancien que symptomatique de la difficulté du gouvernement à apporter à sa politique sociale les changements qu’il a lui-même promis d’apporter. Plusieurs années sont, en effet, passées depuis que l’Exécutif estime que les avantages sociaux – énormes quand on les compare à d’autres pays et pas seulement ceux de la région – profitent davantage aux nantis qui s’acquittent peu de leur devoir de solidarité qu’aux couches vulnérables de la société. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis que les responsables concernés par les dossiers économiques et financiers répètent qu’il n’est plus possible de garder le filet social dans l’étendue qu’il a depuis des décennies alors que les revenus pétroliers, sa ressource principale, continuent de reculer en dépit d’améliorations saisonnières et, donc, difficiles de garantie. En effet, le vœu gouvernemental de revoir les transferts sociaux ne datent pas, comme on peut le croire, uniquement de 2015 et de son été crépusculaire pour le marché des hydrocarbures. S’il est devenu urgent à partir de cette période, il est d’existence moins récente et tous les auteurs autorisés de faire des déclarations importantes sur le futur économique de l’Algérie depuis le milieu des années 2000, c’est-dire à l’époque même où les caisses de l’Etat étaient pleines, ont, peu ou prou, abordé la question de l’urgence de révision du modèle social algérien. Pourquoi a-t-il retardé cette révision ? Au FFS, au PT comme chez tous les partis d’opposition, les réponses à ce retard se ressemblent mais ne sont pas les mêmes. Pour aller vite, elles sont élaborées et fournies selon que l’on soit de sensibilité de gauche, de droite ou au milieu. Au fond, il trahit (ce retard ndlr) un choix politique de ne pas brusquer un système, devenu sur plusieurs décennies de recul de la compétence administrative notamment à l’échelle locale, un véritable monstre, mais qui est à l’origine surtout d’une paix sociale qu’il faut surtout préserver au risque des annonces contradictoires ou ratées. C’est pour cette raison qu’il faut prendre avec circonspection les déclarations de l’argentier du pays, Abderrahmane Raouya, lorsqu’il dit à l’APN que son gouvernement travaille à la préparation de « mécanismes de ciblage » des couches d’Algériens éligibles à l’aide et au soutien sociaux. Avant lui, d’autres ministres des Finances, mais pas seulement, ont parlé d’un fichier national des nécessiteux auxquels ira l’aide de l’Etat. Et la situation ne risque pas d’être modifiée, certainement pas avant deux ou trois ans si le gouvernement a réellement un nouveau plan social. Cela, à moins que le crépuscule de l’été 2014 n’assombrisse à nouveau le ciel économique algérien, qui attend que les réformes fleurissent.