Parmi les propositions de réformes sur lesquelles les chefs d’Etat et de gouvernement africains doivent se prononcer aujourd’hui, il y a la décision prise au dernier sommet ordinaire de l’UA, en juillet 2018 à Nouakchott en Mauritanie, de transformer le Nepad (acronyme de New Partnership for Africa’s Development) en Agence de développement de l’Union panafricaine.

Si cette décision est adoptée, une nouvelle page sera ouverte pour le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, son autre appellation en français. Elle sera synonyme de relance d’un dispositif qui, malgré quelques belles réalisations de coopération interafricaine dans les domaines institutionnels et économiques, a subi de nombreuses et virulentes critiques.
A quoi sert le Nepad ? a-t-on souvent entendu. Pour avoir été lancé en marge du sommet du G8 en juin 2002 à Kananaskis au Canada, il a longtemps souffert en termes de paternité et d’identité. Beaucoup ont cru qu’il s’agissait d’une initiative des pays les plus riches de la planète d’offrir un strapontin aux Etats africains sur la scène internationale, alors que c’était dès le départ et après des années d’essai et de maturation un projet continental de développement.
Il a été lancé, rappelons-le, sous l’égide du chef de l’Etat algérien, M. Bouteflika, et des ex-présidents d’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, du Nigéria, Olusegun Obasanjo, et du Sénégal Abdoulaye Wade. Mais il a fini par être négativement impacté dans son image et sa réputation, un déficit qui s’est aggravé par un manque de communication des Etats membres qui ne lui trouvaient plus de valeur politique ajoutée ou porteuse auprès de leurs opinions, et parce que tous ses grands chantiers sont programmés sur les moyen et long termes.
Sa mise à jour, aujourd’hui, par la communauté des Etats africains est une bonne nouvelle. Elle indique qu’en dépit de toutes les controverses qu’il a suscitées durant une décennie et demie, le programme et la logique dans lesquels il a été inscrit étaient non seulement pertinents mais durables.
Quoi qu’on dise et qu’on pense, l’Afrique évolue au rythme des changements profonds des institutions et des économies de ses pays. Sauf quelques exceptions lamentables, en RDC et en Centrafrique qui renouent avec la violence, la plupart des pays du continent ont choisi les réformes pour cap stratégique. L’intégration régionale que certains ont réussie est un prélude à la grande intégration continentale qu’on attend tous, l’Algérie en premier.
Pour cette perspective, il faut l’action des Etats et des gouvernements certes. Mais il faut aussi un instrument panafricain capable de jouer en tant qu’organe technique doté de sa propre identité juridique et de ses propres statuts pour déployer encore plus efficacement les programmes au service du développement du continent africain selon les objectifs de l’Agenda 2063 : un plan d’action pour la transformation socioéconomique sur les 50 prochaines années, adopté en janvier 2015 à la 24e assemblée de l’Union Africaine à Addis Abeba, en Ethiopie.
Cet instrument, c’est précisément l’Agence qui devait se substituer au Nepad. Pour un continent dont le dessein est de créer une grande zone de libre-échange, elle est aussi dans le sens de l’histoire.