Soixante-douze heures avant le jour anniversaire de la fête de l’Indépendance, vendredi 5 Juillet, le chef de l’Etat par intérim a prononcé un discours de nouvelle offre politique d’ouverture marquée mais avec le même objectif de tenue d’une élection présidentielle dans des délais raisonnables.

Le dialogue «devra nécessairement se concentrer sur l’unique objectif stratégique que constitue l’organisation de l’élection», qui «devrait se tenir à une date la plus rapprochée possible» et se dérouler «dans le cadre de la Constitution qui impose la préservation de l’Etat, respect des Institutions et la prévalence de l’intérêt supérieur de la nation», a déclaré M. Bensalah.
En faisant cette offre, Abdelkader Bensalah avance selon la garantie d’un scrutin sécurisé contre la fraude et de la création à cet effet d’une structure indépendante et couverte par une loi qui sera chargée de le superviser avec la participation des parties prenantes que sont les formations politiques et les éventuels candidats sans casquette partisane.
«L’organe ou l’autorité électorale indépendante à mettre en place aura pour mandat d’organiser et de contrôler le processus électoral dans toutes ses étapes». «Une loi spécifique devrait être adoptée pour introduire toutes les garanties, à même de faire en sorte que ce scrutin puisse répondre à toutes les exigences d’impartialité, de régularité et de transparence». «Il sera également nécessaire d’examiner l’articulation entre cet organe qui sera créé et la Haute instance indépendante de surveillance des élections, prévue par la Constitution, dont il est possible de revoir la composition», a indiqué M. Bensalah aux yeux de qui l’élection présidentielle «reste la seule solution démocratique viable et raisonnable».
Pour la création de l’organe et de la loi devant garantir son fonctionnement, «il s’agira de débattre et d’arrêter la configuration de cette entité et de fixer ses missions et attributions, son mode d’organisation et de fonctionnement ainsi que sa composante, y compris, éventuellement, les personnalités consensuelles devant la diriger», a dit le chef de l’Etat par intérim.
M. Bensalah affirme que le préalable à l’organisation de ce vote présidentiel – seule issue à la crise selon les éléments de langage utilisés dans son intervention -, sera de mettre en place le cadre adéquat pour un «dialogue inclusif» sans la participation de l’Etat y compris de l’Armée.

L’Etat et l’institution militaire «pas partie prenante»
L’institution militaire, a-t-il dit, ne sera «pas partie prenante à ce dialogue», une affirmation qui confirme les récentes déclarations du chef d’état-major, le général de corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah de ne pas avoir d’ambition politique et que l’ANP n’a pas d’autre logique que l’accompagnement du processus de sortie de crise et la contribution à la normalisation rapide du jeu politique et institutionnel dans le pays. Une déclaration qui s’inscrit également à rebours du souhait exprimé par nombre de forces politiques qui considèrent que l’Armée étant au cœur du pouvoir, devrait pouvoir être présente à la table des discussions.
Et qui fixe, une nouvelle fois, la position des autorités : débattre de tout mais dans l’unique perspective de voir l’Algérie se doter d’un agenda dont la centralité est l’élection présidentielle. En effet, M. Bensalah a invité les formations politiques, les «élites», les «jeunes» et les «femmes» à «débattre de toutes les préoccupations portant sur la prochaine échéance présidentielle» afin qu’ils apportent «leur contribution à l’organisation du scrutin dans un climat d’entente et de sérénité».

Pas de processus transitionnel
Quid du processus transitionnel revendiqué par une partie importante de la classe politique, celle inscrite dans les courants d’opposition ? A cette question, le chef de l’Etat par intérim répond par la confirmation que depuis, son premier discours à la veille du Ramadhan 2019, ce processus n’a jamais été à l’ordre du jour de l’autorité qu’il incarne et, par extension, du pouvoir réel exercé par l’institution militaire. L’horizon politique immédiat dont il tient compte est celui du rendez-vous du 6 juillet prochain. Et encore ! Car il est à rappeler que les «forces du changement», à l’initiative de la rencontre nationale de samedi prochain à l’école de tourisme d’Aïn Benian, souhaiteraient que ces présidentielles soient organisées sans l’équipe exécutive actuelle…
A rappeler cette exigence, on peut supposer que le chef de l’Etat par intérim dispose d’un plan «B» pour l’organisation du scrutin présidentiel pour lequel il est en poste depuis la démission de l’ancien président Bouteflika. Une hypothèse dont on retrouve la motivation dans le fait qu’il a indiqué que les discussions pour les présidentielles seront conduites et menées «en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale». Au sein des «Forces du changement», rappelle-t-on, figurent des partis et des leaders politiques partisans. Ceci, à moins que ces «Forces du changement» s’entendent comme il est dit sur un «panel de personnalités» auquel l’Etat, a dit M. Bensalah,
donnera «tous les moyens matériels et logistiques pour décider lui-même des modalités de son fonctionnement».
Le dialogue est «plus que nécessaire», a estimé M. Bensalah qui le considère comme «la meilleure voie pour parvenir aux formules consensuelles nécessaires sur l’ensemble des questions en rapport avec l’élection présidentielle.» Ce dialogue est urgent, parce que le pays doit recouvrer au plus vite sa normalité politique et institutionnelle, qui le mettrait en position de faire face aux incertitudes économiques et sociales et aux menaces qui pèsent sur notre sécurité nationale du fait d’un environnement extérieur particulièrement complexe», a-t-il soutenu.
Toujours en ce qui concerne le processus transitionnel, le chef de l’Etat semble le classer dans la rubrique des «calculs marginaux» et des «exigences irréalistes» qu’il s’agit de «mettre de côté» parce qu’ils sont «de nature à prolonger la situation actuelle et d’entraîner notre pays dans une situation de vide constitutionnel, source d’incertitude et d’instabilité».