La nouvelle approche de dialogue, annoncée mercredi par le chef de l’Etat, à la veille de la célébration de la fête de l’indépendance, et qui visait à relancer le processus électoral devant aboutir à l’organisation de l’élection présidentielle, n’a pas fait bouger les lignes au sein de la classe politique.

Le clivage qui a toujours accompagné un message officiel est toujours de mise après le dernier discours d’Abdelkader Bensalah, dont les annonces, la désignation d’un panel de personnalités indépendantes pour encadrer le dialogue et d’une autorité électorale indépendante à mettre en place pour l’organisation et le contrôle du processus électoral, ont été diversement accueillies par les formations politiques.
Chez l’opposition, le fait que Bensalah n’ait pas annoncé des mesures d’apaisement en relation avec les arrestations enregistrées récemment de manifestants et d’une figure de la Révolution, Lakhdar Bouregaâ, traduit un manque de volonté pour un véritable dialogue. Pour le Front des forces socialistes (FFS), la libération de tous les détenus est une condition sine qua non pour tout dialogue. «Aucun dialogue n’est possible sans la libération immédiate et sans condition de tous les détenus politiques et d’opinion, en l’absence de volonté politique d’aller vers une véritable transition démocratique qui réunit les moyens politiques pour l’expression du droit à l’autodétermination du peuple algérien», a affirmé le parti dans une déclaration rendue publique.
Même tonalité chez le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui a estimé, par la voix de son député Atmane Mazouz, qu’aucun dialogue « n’est possible dans un climat de terreur », en allusion surtout à l’arrestation suivie de condamnation de manifestants porteurs de l’emblème amazigh. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) n’a pas eu de position franche à l’égard de la nouvelle offre politique du pouvoir en place.
Le parti de Makri a indiqué, dans une déclaration à l’issue d’une réunion de son bureau exécutif, qu’il salue tout appel au dialogue, ajoutant que l’objectif du dialogue « doit être celui d’une transition démocratique qui commencera par une élection présidentielle libre et transparente dans un délai raisonnable et pas lointain ». La même posture, on la retrouve chez le parti de Talai El Hourriyet, dont le président Ali Benflis s’est exprimé via sa page facebook pour « réitérer l’importance du dialogue et son urgence face à la crise que vit le pays ».
Chez le Front de la justice et le développement (FJD), c’est le départ du gouvernement de Bedoui qui est réclamé, bien que le parti se dit favorable à tout dialogue « inclusif et sérieux », et évoque également la nécessité d’ouvrir le champ médiatique à tous les acteurs politiques pour qu’ils expriment leurs opinions en toute liberté. Le porte-parole du parti, Lakhdar Benkhelaf, réclame aussi la libération des détenus d’opinion citant notamment le moudjahid Lakhdar Bouregaâ. Chez les formations politiques de l’ancienne Alliance présidentielle, c’est la coutumière approbation. Le parti du Front de libération nationale (FLN), qui a salué « la nouvelle approche de dialogue», a lancé un appel à l’ensemble des acteurs politiques pour faire preuve «de sagesse et de clairvoyance et à emprunter la voie du dialogue constructif pour trouver des issues favorables». Le parti a réitéré sa position portant sur le respect «des solutions constitutionnelles» pour épargner au pays de tomber dans ce qu’il qualifie de «chaos», allusion faite au vide constitutionnel. Même réaction du côté de Tajamou Amel El-Djazaïr (TAJ) qui s’est félicité «des garanties, des mécanismes et de l’approche contenus dans le discours du chef de l’Etat concernant la conduite du dialogue pour assurer le succès de la prochaine échéance présidentielle dans les plus brefs délais et dans le cadre de la Constitution, dans un climat empreint de confiance, de transparence, de sérénité et d’entente ».
De son côté, le Rassemblement national démocratique (RND) a fait état de son adhésion à « l’approche politique et à la vision pratique proposées à l’opinion publique nationale par le chef de l’Etat pour une sortie de crise ». Le RND souligne, dans ce sens, « l’accompagnement fort et l’engagement immuable de l’institution militaire vers l’organisation d’une présidentielle libre, intègre et dans les meilleurs délais à travers un dialogue national honnête et sérieux», tels que cité dans le discours de Bensalah. Pour sa part, le groupe parlementaire du Mouvement populaire algérien (MPA) a indiqué que le dialogue est « l’unique voie à emprunter pour organiser une présidentielle dans les plus brefs délais. Une présidentielle devant laisser émerger un nouveau président de la République jouissant de légitimité et en mesure de parachever les réformes escomptées par le peuple algérien dans le cadre de la légitimité constitutionnelle».