Dans une ultime tentative de libérer la liquidité bancaire, la Banque d’Algérie a pour la quatrième fois consécutive baissé le taux de ses réserves obligatoires, le ramenant désormais à 2% seulement après l’avoir baissé de 10 à 8%, de 8 à 6% et de 6 à 3%. Malgré ces multiples interventions de la Banque d’Algérie, la liquidité bancaire s’est établie à 612 milliards de dinars seulement à fin novembre 2020.

Réduire à 2% seulement le TRO donne à la banque centrale une marge de manœuvre très réduite qui pourrait aboutir à lever carrément l’obligation faite aux banques de la place de constituer des réserves de sécurité. Cela signifie également que certains établissements bancaires ne sont même plus dans la capacité de constituer des réserves de sécurité. Preuve en est que des banques exerçant en Algérie n’ont pas pu répondre à l’appel de la banque centrale les obligeant à porter leur capital social à 20 milliards de dinars au 31 décembre 2020, faute de rentabilité. Un sursis de 6 mois leur a été attribué pour pouvoir se conformer à l’obligation réglementaire. Cette situation met la banque centrale devant un double dilemme : les banques sont faiblement provisionnées et capitalisées, mais les besoins de financement de l’économie sont considérables. Face à ce dilemme, la Banque d’Algérie semble avoir épuisé l’ensemble des leviers disponibles dans sa boite à outils de nature à libérer la liquidité bancaire. Selon des économistes que nous avons pu contacter, la banque centrale peut aller, bien évidemment, au-dessous de 2% de TRO, voire à 0%, mais cela serait insuffisant pour permettre aux banques de se renflouer. Les marges de manœuvre semblent être limitées et une nouvelle baisse du taux des réserves obligatoires permettrait au mieux de libérer quelque 200 milliards de dinars, à en croire certains économistes. Cela pourrait faire augmenter la liquidité bancaire à plus de 800 milliards de dollars, ce qui est appréciable tout de même, mais insuffisant pour faire face aux besoins de financement de l’économie et de la croissance. A ce montant, des prêts extérieurs bien négociés pourraient être envisagés aux fins de compléter la force de frappe budgétaire nécessaire pour financer la croissance, à en croire les économistes. Autrement, le retour à la planche à billets, dont le délai de mobilisation expire en 2022, serait inévitable eu égard à la contrainte budgétaire qui s’est accentuée d’un cran courant 2020 malgré les interventions de la banque centrale sur le TRO et le taux directeur. Le pays fait face à une véritable contrainte budgétaire et financière, voire à une situation d’insoutenabilité des dépenses. Pour l’actuelle année budgétaire, faut-il le rappeler, l’Etat a inscrit à son compte 8113,3 milliards de dinars de dépenses, en hausse de +10% par rapport à 2020, alors que les prévisions tablent sur 5328 milliards de dinars de recettes, dont 1919 issues de la fiscalité pétrolière. L’équation budgétaire se complique davantage cette année, d’autant plus que les prévisions en fiscalité ordinaire ne sont pas facilement réalisables, étant conditionnées par un retour rapide de la croissance économique. En l’état actuel des choses, le retour de la croissance reste une parfaite incertitude compte tenu de la situation dans laquelle sont confrontées les entreprises et les banques. Le solde budgétaire est estimé à -2784,8 milliards de dinars pour fin 2021, soit -13,57% PIB. Le solde global du Trésor est quant à lui de l’ordre de -3614, milliards de dinars, soit 17,6% du PIB. Cette contrainte budgétaire est à conjuguer avec un tarissement important des ressources dans la sphère monétaire. La baisse continuelle du niveau des liquidités bancaires et l’augmentation des transactions en cash dans la sphère informelle en sont les éléments les plus visibles qui expliquent les difficultés auxquelles sont confrontées les banques de la place qui, à l’issue de trois révisions à la baisse du TRO, n’ont pu libérer que de faibles marges supplémentaires de liquidités. Jusqu’où peut encore aller la banque centrale dans ses interventions sur le TRO ? A 0% ? Possible ! Mais les marges resteront tout de même très limitées, ce qui suggère que le retour à la planche à billets n’est pas complètement exclu. <