Le gouvernement envisage de faire payer l’électricité plus chère aux grands consommateurs.

En réponse aux questions des membres de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée, lors d’une réunion consacrée à l’examen du projet de loi portant règlement budgétaire de 2015, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a souligné qu’il était impératif d’aller vers les prix réels de l’électricité sans pour autant
affecter les classes moyennes. Sur la même lancée, le ministre a précisé que l’augmentation des prix touchera essentiellement les grands consommateurs, ce qui permettra de généraliser la culture de l’économie d’énergie. Les prix de l’électricité dans le secteur agricole continueront à être subventionnés, a-t-il assuré. Dit autrement, les industriels parmi les grands consommateurs paieront leur électricité plus chère à l’avenir, une nouvelle hausse après les deux précédentes de 2016 et de 2017 serait désormais insoutenable par les petits et moyens consommateurs et l’Etat n’envisage point de lever le pied sur les subventions aux prix de l’énergie dont bénéficie la frange professionnelle des agriculteurs. Par le moyen de ces trois annonces, le ministre de l’Energie vient ainsi lever le voile sur la nature et la cible de la prochaine hausse des cours d’accès à l’énergie électrique.
Le ministre s’est gardé néanmoins d’avancer une quelconque échéance quant à la mise en application de cette nouvelle augmentation des tarifs d’électricité. On le sait, l’Exécutif a sur sa table un chantier tout aussi sensible que complexe, lié à la réforme de la politique des subventions généralisées qui touchent à la fois les produits énergétiques (électricité, gaz et carburants), la santé, l’habitat, les familles et les produits de base, mais sur certains produits, dont les carburants, l’électricité et le gaz, il semble vouloir aller plus vite. La raison est simple : les statisticiens de l’Office national des statistiques (ONS) et ceux du Fonds monétaire international (FMI), dans des rapports distincts, se sont rendus à l’évidence que près d’un quart de la population la plus riche profite six fois plus des subventions énergétiques en Algérie que 20% de la population la plus pauvre. Sur ce chapitre précis, le gouvernement veut que le mouvement de réforme soit à un rythme soutenu. Il avait été enclenché en 2016 déjà, année durant laquelle les premières mesures de réforme de la tarification d’accès aux produits énergétiques ont vu le jour. En effet, dans la loi de finances 2016, il a été décidé de relever le taux de TVA à la fois dans les prix de l’électricité et du gasoil (de 7 à 17%). Sera soumise à cette augmentation de TVA, toute consommation d’électricité dépassant les 125 Kilo Watt Heure (kwh). La consommation électrique entre 0 et 125 kwh sera maintenue à 7%, avait spécifié la loi de finance 2016. D’autres dispositions fiscales ont concerné les autres carburants et grâce auxquelles les prix ont été revus à la hausse durant le même exercice budgétaire. La seconde augmentation des prix de l’électricité a vu le jour dès le premier jour de 2017. La loi budgétaire de cette année avait ensuite, rappelons-le, relevé de deux points le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), de 17 à 19% et de 7 à 9% dans sa formule réduite. Cette hausse a entraîné une hausse généralisée des prix, touchant, entre autres, à la tarification de l’électricité et des cours des carburants à la pompe. Après ces deux hausses de 2016 et de 2017, les premières après 15 ans de gel des prix, il semblerait que le gouvernement n’a nullement l’intention de lever le pied sur sa volonté de renoncer graduellement au soutien aux prix des produits énergétiques. La prochaine hausse des prix de l’électricité concernera essentiellement les grands consommateurs, dont les entreprises qui répercuteront cette augmentation, probablement, sur le coût du produit final. En tout cas, le projet de faire payer les grands consommateurs l’électricité « à son juste prix », c’est-à-dire sans bénéficier du soutien de l’Etat, fait son petit bout de chemin au sein du gouvernement, à en croire le ministre de l’Energie. La question qui se pose est celle de savoir si cette nouvelle hausse n’affectera pas indirectement les petites et moyennes bourses si les industriels venaient à la répercuter sur le prix final de leurs produits.