Par Sihem Bounabi
Le nouveau décret portant grille indiciaire des salaires a suscité une vague de déceptions dans les différents secteurs de la Fonction publique, qui se désolent que cela se traduise par une faible augmentation, car soumise aux retenues, et ne répond pas aux attentes des travailleurs dont le pouvoir d’achat est à rude épreuve avec la cherté des prix et l’inflation.
Dans le secteur de la santé, les médecins spécialistes et généralistes expriment, également, leur déception de cette augmentation de 50 points qui est loin de répondre à leurs attentes. Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) confie à ce sujet : «C’est la déception totale, on est très loin de ce qui a été promis et qui est très loin de répondre aux attentes des médecins spécialistes, surtout dans un contexte marqué par l’explosion des prix et un pouvoir d’achat laminé.»
Il se désole ainsi que «la classe moyenne est en train de disparaître car ce qui a été fait, que ce soit pour l’IRG ou le point indiciaire est vraiment dérisoire. Ce sont des miettes qui ne répondent pas à la situation critique actuelle avec une inflation galopante et un pouvoir d’achat érodé».
Dr Mohamed Yousfi rappelle les engagements du président de la République qui avait annoncé «des augmentations conséquentes», en regrettant que, malheureusement, «ce n’est pas ce que l’on est en train de constater. Même si on rassemble ces deux mesures, l’impact sur les salaires est minime». Le président du SNPSSP estime aussi que ce n’est pas avec de telles mesures que cela va encourager les médecins spécialistes à rester dans le secteur public, mais d’aller dans le secteur privé ou de partir à l’étranger.
Il souligne ainsi que «le facteur du salaire est très important, d’autant plus que les praticiens spécialistes sont déjà pénalisés par leur statut. Lorsqu’on applique cette augmentation du nombre de points indiciaires sur une classification, qui est déjà injuste, automatiquement on est lésé et encore plus pénalisé». Dr Mohamed Yousfi estime qu’«au-delà de cette problématique du point indiciaire, il y a aussi un véritable problème de fond qui doit être pris en charge par les pouvoirs publics», indique le docteur Mohamed Yousfi, en précisant qu’«une révision conséquente des salaires va au diapason avec l’augmentation du pouvoir d’achat face à l’inflation et l’explosion des prix. Mais il s’agit aussi de penser à un système économique qui va garantir le pouvoir d’achat». Il met ainsi en exergue que «quelle que soit l’augmentation des salaires, si on ne va pas au fond du problème, en mettant en place une économie productive et des mesures fermes contre la spéculation, elle sera absorbée aussitôt par une augmentation des prix».

Crainte d’un exode des médecins
De son côté, Dr Abdelhamid Salah Laouar, coordinateur de la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS), regroupant huit syndicats de la santé publique, et président du Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP), déclare : «Cette augmentation de 50 points ne répond nullement aux attentes des médecins généralistes car, aujourd’hui, il y a une véritable urgence à revoir de façon conséquente leurs salaires.» Il estime qu’en l’absence d’une augmentation conséquente, il y aura forcément de plus en plus de départs massifs de médecins généralistes vers d’autres secteurs, vers l’étranger ou de changer de métier. S’insurgeant que «ce n’est pas possible de tenir avec les salaires actuels face à la cherté de la vie» et affirmant dans ce sillage que «les mesures portant sur l’IRG et le point indiciaire n’ont aucune conséquence sur l’amélioration des conditions de vie». Le président du SNMGSP rappelle qu’un travail sur le statut des médecins généralistes a été remis au ministère de la Santé. En précisant qu’«on a demandé une revalorisation du point indiciaire par rapport aux différentes catégories, médecin principal, médecin généraliste, chef et médecin généraliste débutant» et ajoutant que «le syndicat a également demandé la bonification des points indiciaires par rapport au poste de responsabilité occupé». De plus, le SNMGSP a demandé de revoir la valeur du point indiciaire qui est actuellement de 45 DA. «Nous avons demandé de revaloriser ce point indiciaire pour que le salaire du fonctionnaire se rapproche le plus possible du taux de l’inflation», souligne Dr Abdelhamid Salah Laouar, «comme on a perdu plus de 50% du pouvoir d’achat, il fallait prendre en considération ces deux paramètres, qui sont la valeur du point indiciaire et le nombre de points, afin de rééquilibrer les choses».
En tant que coordinateur de la Coalition nationale des syndicats de la santé, Dr Abdelhamid Salah Laouar annonce : «Nous allons réagir dans le cadre de la coalition dans les prochains jours. En ce moment, on est en train de se réunir pour avoir une réponse appropriée et commune après concertation.» <