PAR MILINA KOUACI
Dix syndicats de l’Education nationale ont exprimé «leur exaspération et leur consternation» face aux augmentations salariales «jugées insignifiantes». Les syndicats se préparent à des actions de protestation et sollicitent l’intervention du président de la République pour réviser à la hausse la grille indiciaire des travailleurs de l’Education.
Dix syndicats de l’Education constitués dans une intersyndicale se disent «heurtés et surpris» par les augmentations salariales qui n’étaient pas à la hauteur de leurs attentes. Le décret fixant la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires a été publié dans le Journal Officiel jeudi dernier.
L’indice minimal a été, en effet, augmenté de 50 points mais, cette augmentation jugée «dérisoire» a suscité la colère des syndicats autonomes de la fonction publique.
Hier, l’Intersyndicale de l’éducation, constituée des syndicats des directeurs des écoles primaire, de l’enseignement moyen et du secondaire, des censeurs, des conseillers de l’éducation, des fonctionnaires de laboratoires et des professeurs de l’éducation, incombe au gouvernement la responsabilité des conséquences d’une décision « improvisée», sollicitant ainsi l’intervention du Président pour la révision de la grille des salaires des travailleurs de l’éducation de manière à leur garantir la dignité.
«Le président de la République a ordonné de réviser à la hausse la valeur du point indiciaire. Mais le gouvernement a augmenté le point et le résultat est aberrant et décevant», dénonce Hayet Segueni, présidente du Syndicat national des fonctionnaires des laboratoires du secteur de l’éducation (SNFLSE). Selon elle, les augmentations décidées sont une « mésestimation des travailleurs».
Les dix syndicats ont exprimé leur inquiétude quant à la détérioration dans le pays du pouvoir d’achat des travailleurs suite à l’augmentation, sans précédent, des prix des produits de large consommation. l’Intersyndicale a mis en garde contre la gravité de la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs. «La situation actuelle est dominée par l’augmentation vertigineuse des prix, surtout ceux de large consommation et ce, devant l’absence du contrôle des prix et l’augmentation du taux d’inflation». L’Intersyndicale tire la sonnette d’alarme sur le devenir des travailleurs du secteur. «La continuité du service public de l’Education est sur le fil du rasoir en raison des faibles salaires et de l’incapacité de contrôle des prix des produits de consommation», alerte-t-elle. L’Intersyndicale rejette le fait que le fonctionnaire algérien paye un lourd tribut de «l’incompétence des gouvernements qui se sont succédé à garantir les conditions d’une vie décente aux travailleurs», souligne la même source.
L’Intersyndicale a ainsi appelé ses adhérents à se tenir prêts pour une éventuelle action afin «d’arracher» nos revendications.
Idem pour le Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE). Il a appelé ses adhérents à s’unir et s’apprêter à d’éventuelles actions à observer seuls ou dans le cadre de la Confédération des syndicats algériens (CSA). Le SNTE a regretté que les augmentations instituées «n’ont aucun impact positif» sur les salaires. «Les augmentations sont infimes eu égard à la cherté de la vie», écrit le syndicat. Le taux d’augmentation «n’était pas prévisible et inacceptable». «Nous appelons le président de la République à intervenir d’autant qu’il s’était engagé à remédier à la situation des travailleurs de l’Education». Il appelle à ce propos le gouvernement à instituer de «réelles augmentations de salaires et des indemnités», ainsi qu’à l’ouverture de dialogue avec les syndicats autonomes sur la politique salariale.
Statut particulier, le règlement intérieur soumis pour approbation jeudi
Sur un autre plan, après avoir convié les présidents des syndicats à une réunion consacrée à l’élaboration du règlement intérieur relatif au fonctionnement de la commission mixte, chargée de l’examen du projet de statut particulier des travailleurs de l’éducation, une autre réunion devrait se tenir ce jeudi pour présenter les articles du règlement intérieur pour approbation, apprend-on de Hayet Segueni, présidente du Syndicat national des fonctionnaires des laboratoires du secteur de l’éducation (SNFLSE).
Le délai fixé par la tutelle à son partenaire social pour présenter ses propositions sur le règlement intérieur (fonctionnement, composante, membres, quorum, durée des interventions et délai maximum de travail de la commission mixte) a expiré hier.
La réunion de jeudi dernier a été consacrée à l’ouverture d’un débat sur le règlement intérieur relatif au fonctionnement de la commission mixte, en termes de composantes, de fonctionnement et de durée de travail.
Les syndicats devraient prendre connaissance, ce jeudi, des propositions élaborées par la tutelle et qui seront soumises pour approbation avant que la commission chargée d’apporter des propositions dans le but d’enrichir l’avant-projet de statut particulier n’entame le travail. Des syndicats ont demandé que des représentants de la Direction générale de la Fonction publique et du ministère des Finances soient membres de ladite commission afin que le nouveau statut particulier soit compatible avec le statut général de la Fonction publique dont le gouvernement a demandé à être révisé. Une proposition acceptée par le ministère, indique Mme Segueni : «Des représentants de la Fonction publique et des Finances feront partie de la commission chargée d’enrichir et de débattre de l’avant-projet de statut particulier.»
Des syndicats redoutent que la création d’une commission composée de deux représentants de chaque syndicat ne soit un «gain de temps» pour la tutelle. Avec les 33 syndicats du secteur, cette commission comptera au moins une soixantaine de membres. Et chacune des corporations s’estimant «la plus lésée» par l’actuel statut particulier, tendra à apporter des changements en sa faveur.
Des syndicats plaident pour un statut particulier qui garantira de nouveaux «acquis» aux travailleurs et, par ricochet, «la stabilité de l’Ecole publique», sujette à la concrétisation des revendications des travailleurs.
Pour rappel, la révision du statut particulier a été décidée sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Le ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed, a affirmé, à cet égard, que son département n’avait ménagé aucun effort pour la prise en charge des revendications soulevées par les différents syndicats agréés du secteur conformément aux cadres juridiques en vigueur, de manière progressive et équilibrée. <